Le crowdshipping : plus vite, plus loin!

Tablant sur les principes de l’économie du partage, de plus en plus de commerces et d’entreprises de livraison font appel aux simples citoyens afin d’acheminer leurs envois lors du dernier kilomètre avant la destination finale. Et tous y gagnent!

C’est l’une des conséquences incontournable de l’actuelle révolution numérique : l’omniprésence de l’Internet et des téléphones intelligents (smartphones) conjuguée à une couverture presque mondiale des réseaux cellulaires permet plus que jamais d’aisément mettre en contact d’innombrables vendeurs et acheteurs partout sur le globe. Ajoutons à cela la possibilité, pour les offrants, de mettre à la disposition du marché des ressources inutilisées ou inexploitées au maximum de leurs capacités, et vous avez un nouveau phénomène propre à notre époque si palpitante, à savoir l’économie collaborative, parfois mieux connue sous son appellation anglophone de sharing economy. Vous désirez louer une propriété que vous n’habitez pas? Airbnb est l’endroit tout désigné pour ce faire. Vous voulez rentabiliser l’achat de votre voiture qui dort dans le garage pour la très grande majorité de la journée? Turo peut vous aider à le faire[1].

L’ultime kilomètre

Le domaine d’affaire de la livraison de colis tardait à le faire, mais voilà que de multiples plateformes versées dans ce qu’il est convenu d’appeler le crowdshipping (la traduction française du terme se fait désirer!) poussent aujourd’hui comme des champignons. Pourquoi? Parce que pour les géants du domaine, dont la société allemande DHL ou les entreprises américaines UPS et FedEx, sont redoutables et pratiquement imbattables sur les grands itinéraires nationaux et internationaux. Mais lors de l’acheminement de l’envoi dans les quelques derniers kilomètres, ces grandes entreprises voient les économies d’échelle générées fondre comme neige au soleil car le dernier tronçon est bien souvent le plus onéreux pour ces dernières.

Qu’à cela ne tienne, ces nouvelles plateformes de crowdshipping sont là pour prendre le relais! Qu’il soit question de la plateforme américaine Roadie, de l’entreprise colombienne Rappi, de la start-up Shipit ou même de Colisdays, une jeune pousse née au Sénégal, le principe demeure le même : utiliser un volume inutilisé par un voyageur, dans ses bagages ou dans le coffre de son véhicule, afin d’acheminer la marchandise à sa destination finale.

Des gagnants partout sur le globe

Les mastodontes de la livraison, loin de voir le crowdshipping comme une menace, sont heureux de voir ces jeunes pousses naître et prospérer, car ils peuvent sous-traiter certaines livraisons qui viendraient inutilement gruger leurs marges bénéficiaires. Certaines compagnies aériennes parmi les plus importantes, dont Southwest Airlines et United Airlines, font d’ailleurs appel aux services de ces plateformes et mobilisent des voyageurs aériens afin de réacheminer des bagages égarés, sauvant ainsi au passage des sommes appréciables. Les intermédiaires-messagers, pour leur part, peuvent se mettre en poche un petit pécule en mettant à profit des volumes inexploités.

Quant au destinataire, ce dernier a minimalement l’assurance de recevoir son envoi. Cet aspect est loin d’être trivial, notamment dans certaines contrées où la poste s’acquitte de sa tâche au rythme de l’escargot, et où les infrastructures de transport sont souvent déficientes. C’est un état de fait que relevait Mactar Sylla, l’un des cofondateurs de la plateforme Colisdays, à l’hebdo français La Tribune : « Il est toujours compliqué pour des expéditeurs traditionnels comme DHL de livrer en Afrique. Au Sénégal, les colis se perdent régulièrement ou sont parfois distribués aux mauvaises personnes, faute d’indications signalétiques suffisantes ; il n’y a souvent pas de numéro voire de nom de rue… De plus l’envoi d’un petit colis coûte au minimum 30 euros, ce qui reste cher », constate l’entrepreneur[2]. Le crowdshipping est donc promis à un bel avenir en terre d’Afrique!

Et ce n’est qu’un début! Imaginez seulement : Amazon a l’objectif ferme de livrer tous ses envois en 24 heures, à brève et à moyenne échéance… Il est donc évident qu’avec ce type de promesses, de même qu’avec la montée du commerce en ligne et la démocratisation des déplacements à grande échelle, le crowdshipping est appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans la chaîne logistique des entreprises et de leurs partenaires de transport.

 

 

 

 

[1] Relire à ce sujet notre article sur la plateforme Turo, intitulé « Le pire investissement qui soit » et publié en juin 2019.

[2] Cité dans l’article de Marie-France Réveillard, « Startups : avec Colisdays, Allianz accompagne le crowd-shipping en Afrique ». La Tribune, 8 octobre 2019.

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