L’industrie funéraire, toujours bien portante!

S’il est une industrie qui semble promise à une vie éternelle et donc peu encline à changer, c’est bien l’industrie funéraire. Car année après année, les clients sont là! Mais est-ce à dire que cette industrie n’a pas à subir les grands bouleversements de ce début de millénaire et à s’adapter à ces derniers? Bien au contraire!

De bonnes perspectives de croissance

Ça semble aller de soi : les entreprises funéraires peuvent entrevoir l’avenir avec optimisme. Outre l’indéniable fait qu’il y aura toujours des décès, une réalité bien universelle et intemporelle, les prévisions démographiques actuelles renvoient l’image d’un marché mondial qui devrait connaître une courbe ascendante dans les quelques années à venir, un fait démontré par la très belle pyramide évolutive des âges, présentée plus bas. Retenons en effet que l’âge médian[1] de la population mondiale était de 23,6 ans en 1950. Il est actuellement d’environ 30 ans, et il sera de 41,6 ans lorsque le siècle actuel se terminera. Bref, la population mondiale s’accroît et vieillit du même coup, ce qui signifie que les services funéraires seront fortement en demande dans les années et les décennies à venir.

Évidemment, certains ensembles géopolitiques sont véritablement le fer de lance de cette croissance. Les pays dits développés sont aux prises, on le sait, avec un vieillissement accéléré de leurs populations respectives, tandis que d’autres régions du monde, notamment le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, se caractérisent par des populations très jeunes. Un rapide coup d’œil aux tableaux qui suivent saura vous convaincre de ce fait.

En somme, la firme Technavio prévoit d’ici 2023 une croissance mondiale annualisée d’environ 5 % et des revenus supplémentaires de plus de 20 milliards USD pour l’industrie funéraire.

« Nous ne sommes que poussières… »

Les nouvelles tendances de l’industrie funéraire prennent leur source à la fois dans l’émergence de nouveaux modèles d’affaires ancrés dans l’actuelle révolution numérique et dans la conscientisation environnementale aigue des membres des générations montantes. Car force est de reconnaître que l’industrie funéraire se caractérise notamment par la très grande taille de son empreinte environnementale. Dans son article[2] publié à ce propos sur le site Internet du magazine Vox, Allie Volpe signale que l’enterrement de centaines de milliers de cercueils annuellement envoie six pieds sous terre une imposante masse de métaux, de matières plastiques et de produits d’embaumement. La crémation, bien qu’en apparence moins néfaste pour l’environnement, rejette quand même dans l’atmosphère l’équivalent de deux réservoirs de carburant d’un véhicule utilitaire sport à chaque fois qu’elle est pratiquée. L’impact environnemental de cette procédure est moindre, et de plus en plus de gens l’adoptent. De fait, depuis 2015, une majorité d’Américaines et d’Américains choisissent désormais la crémation pour leur dernier repos. Certes, l’environnement s’en porte un peu mieux, mais encore…

Afin de retourner en poussières de la manière la plus écologique possible, des entreprises offrent aujourd’hui des services funéraires à la fois novateurs et originaux. Ainsi, l’entreprise italienne Capsula Mundi et ses deux designers, Anna Citelli et Raoul Bretzel, proposent de porter en terre le corps d’une personne décédée dans une urne biodégradable en forme d’œuf, au-dessus de laquelle est planté un arbre. Les cimetières traditionnels seront-ils bientôt remplacés… par des forêts? Mais la palme de l’originalité revient sans conteste à l’entreprise britannique AndVinyly qui, à votre demande et moyennant environ 4 000 euros, pourra presser les cendres de la personne chère dans un disque vinyle contenant des extraits vocaux de cette dernière. Fallait quand même y penser!

Quoi qu’il en soit, ces nouveaux modèles d’affaires qui pointent au sein de l’industrie funéraire inquiètent les joueurs établis, notamment Service Corporation International, la plus grande entreprise américaine de pompes funèbres. Ces grands joueurs tardent à s’adapter aux nouvelles exigences de leurs clientèles respectives et subissent les contrecoups de cette demande de plus en plus diversifiée, d’autant que le coût de leurs services « traditionnels » demeure assez élevé, en comparaison de ceux offerts par Capsula Mundi ou AndVinyl, par exemple. Les plus récentes données (2017) de la National Funeral Directors Association américaine font état d’un prix médian de 7 360 USD pour un enterrement et de 6 260 USD pour une crémation.

Le progrès et la concurrence seraient-ils plus forts que la mort? Matière à réflexion…

 

 

 

 

[1] L’âge médian est l’âge qui partage les membres d’une population en deux effectifs égaux. Ainsi, dans un groupe de cinq personnes âgées respectivement de 100 ans, de 75 ans, de 40 ans, de 28 ans et de 18 ans, l’âge médian est de 40 ans.

[2] Allie Volpe, « Disruption Comes for Death ». Vox, 23 mai 2019.

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