Le Bangladesh, un pays à surveiller!

Lorsqu’il est question d’économies émergentes, le nom des suspects habituels arrive rapidement : La Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Viêtnam, et bien d’autres. Mais peu ont à l’esprit le Bangladesh, ce petit pays asiatique à l’immense potentiel. Et pourtant…

Il est vrai de dire que le Bangladesh n’attire pas le regard au premier coup d’œil. Petite république d’Asie d’une taille équivalente à celle de la Grèce, presque entièrement enclavée par son puissant voisin indien, le Bangladesh se démarque toutefois par un fort dynamisme économique et technologique, qui en fait l’un des pays à suivre du coin de l’œil au cours de la prochaine décennie. Aux dires de Zunaid Ahmed Palak, ministre bengali des Postes, des Télécommunications et des Technologies de l’information, dans un article[1] publié sur le site Internet du Forum économique mondial, le pays se classera au 24e rang des économies les plus importantes de la planète en 2030. À l’heure actuelle, le Bangladesh occupe le 33e rang planétaire à ce chapitre. Qu’est-ce qui justifie un tel optimisme? Trois éléments peuvent être identifiés.

Une industrie dynamique et toujours croissante

L’un des piliers de la structure économique du Bangladesh est sans contredit l’industrie du vêtement. Le pays est en effet le second exportateur mondial de vêtements après la Chine, et ces mêmes vêtements comptent pour plus de 80 % des exportations totales du pays. Ce secteur économique, qui connaît une croissance annuelle de plus de 15 %, est l’employeur le plus important du Bangladesh, puisque 4,5 millions de Bangladaises et de Bangladais y travaillent quotidiennement, soit près de 7 % de la force de travail du pays.

Certains auront souvenir de la tragédie du Rana Plaza, ce building de la capitale, Dacca, qui abritait les activités de centaines d’entreprises du textile et qui s’est effondré en avril 2013, causant la mort de plus de 1 100 travailleuses et travailleurs. Cette catastrophe humaine aura néanmoins provoqué une vague de changements importants initiés par le gouvernement central. Peu à peu, l’industrie du vêtement bengalie, soucieuse d’être en phase avec les exigences de la responsabilité sociale des entreprises et celles des consommateurs occidentaux, leurs principaux clients, a haussé ses normes avec des pratiques plus environnementales et des usines plus sûres.

Un pays connecté

Histoire de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, les dirigeants du Bangladesh ont résolument mis l’accent sur le développement des technologies de l’information (TIC) et de la communication et sur la formation des travailleurs de ce secteur. De fait, le pays vise la connectivité pleine et entière pour l’ensemble de quelque 160 millions de citoyens d’ici 2021. Déjà, le Bangladesh est le cinquième marché d’Asie et le neuvième marché planétaire en ce qui a trait à la téléphonie cellulaire. Les TIC sont déjà fortement imbriquées dans la structure de l’enseignement universitaire, et environ 65 000 étudiants spécialisés dans ce domaine reçoivent annuellement leur diplôme des 130 universités dénombrées au Bangladesh. La résultante? Selon l’Oxford Internet Institute britannique, le pays possède la seconde plus grande force de travail numérique au monde, avec 16 % des travailleurs mondiaux œuvrant dans ce domaine. Ça s’appelle préparer l’avenir!

Une population jeune

Le Bangladesh est à l’heure actuelle le huitième pays le plus populeux de la planète, et également l’un des pays les plus jeunes sur Terre, avec un âge médian légèrement au-dessus de 27 ans. Jadis identifié comme pays pauvre, le Bangladesh a vu environ huit millions de ses habitants sortir de l’indigence au cours de la dernière décennie, et le revenu par habitant a été presque multiplié par trois au cours de la même période. Ces données sociodémographiques, combinées aux faits évoqués au paragraphe précédent, font prendre conscience du potentiel immense de ce pays.

Il y a un « mais »…

Et ce « mais » est d’une importance capitale, car c’est de la menace écologique dont il est question ici. Le Bangladesh est, pour l’essentiel, une plaine fluviale traversée par deux puissants cours d’eau, le Gange (appelé Padma au Bangladesh) et le Brahmapoutre (appelé aussi Jamuna), qui se rejoignent pour former le Meghna, le tout se déversant dans le golfe du Bengale. Comme le souligne Julie Pietri dans son article[2] publié sur le site Internet de France Inter, le réchauffement climatique a pour principales conséquences d’accélérer la fonte des glaciers de l’Himalaya, d’accroître l’intensité de la mousson et de hausser de manière importante le niveau des océans. Ces trois causes contribuent donc à faire du pays l’un des endroits sur Terre qui pourrait connaître la toute première migration climatique de masse. De fait, c’est près du tiers des habitants du pays, soit environ 50 millions de personnes, qui pourraient être forcés de migrer vers de plus hautes terres d’ici 2050, laissant derrière eux des terres envahies par les eaux salées, et donc inexploitables. Crise alimentaire potentielle et surpopulation des villes, dans un pays qui possède déjà l’une des densités de population les plus élevées du globe : voilà ce à quoi ressemblent les défis du Bangladesh dans les décennies à venir.

Pour toutes ces bonnes et ces moins bonnes raisons, le Bangladesh sera à surveiller dans un futur rapproché!

 

 

 

 

[1] Zunaid Ahmed Palak, « By 2030, Bangladesh will be the 24th largest economy. Here’s how ICT is driving that growth ». Forum économique mondial, 2 octobre 2019.

[2] Julie Pietri, « 2050 : 50 millions de réfugiés climatiques au Bangladesh ». France Inter, 19 mars 2015.

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