Le service postal public : l’urgence de se réinventer!

Heurtés de plein fouet par la révolution numérique et l’utilisation quasi universelle du courriel, les services postaux nationaux en arrachent. Sauront-ils se réinventer tout en relançant leurs activités et leur profitabilité, à l’heure de la montée en force du commerce en ligne?

Vous êtes le dirigeant de l’un des grands services postaux nationaux de la planète, par exemple Postes Canada, La Poste française ou le United States Postal Service (USPS) américain. Année après année, depuis une ou deux décennies, vous constatez le ralentissement progressif de vos activités, traduit à la fois en termes de volume de courrier et en termes de revenus. Que pouvez-vous faire afin de freiner cette inéluctable chute? C’est l’inévitable question à laquelle sont confrontés tous les hauts dirigeants des services postaux nationaux, alors que les modèles d’affaires traditionnels qui prévalaient dans ce secteur, à l’instar de ceux de bien d’autres domaines d’affaires, sont à se redéfinir en profondeur.

Un bilan mitigé

Certes, révèle l’Union postale universelle (UPU), l’agence de l’Organisation des Nations unies en charge des questions relatives à la poste, les revenus des services postaux de ses 192 pays membres se sont accrus d’environ 4 % en 2017. Mais, affirme l’organisme dans son plus récent rapport prospectif[1], il y a quand même lieu de s’inquiéter. De fait, la croissance des revenus des services postaux nationaux au cours des deux dernières décennies est beaucoup plus lente que la croissance du PIB mondial, signe indéniable qu’il y a péril en la demeure. Qui plus est, la ventilation sur une décennie des revenus des services postaux nationaux fait apparaître la tendance majeure à l’heure actuelle dans ce secteur d’affaires, à savoir la baisse des revenus inhérents à la livraison du courrier (en noir sur le tableau qui suit), combinée à une hausse substantielle des revenus tirés de la livraison de colis (en rouge).

Ces tendances mondiales sont avérées pour les trois services postaux identifiés en début d’article. Tant Postes Canada que La Poste et le USPS ont en effet vu, au cours des dernières années, le volume total de courrier distribué fondre comme neige au soleil. Cette érosion est principalement le fait de la réduction de volume de lettres, qui est encore loin d’être compensée par la hausse de l’activité liée à la livraison de colis.

D’un point de vue stratégique, on pourrait donc arguer qu’historiquement, les services postaux nationaux s’en tiraient, budgétairement parlant, avec l’important volume des lettres livrées, profitant ainsi d’importantes économies d’échelle. À l’aube de la nouvelle décennie toutefois, ces mêmes services postaux doivent désormais orienter leurs modèles d’affaires respectifs vers la livraison de colis et dans le développement de nouveaux services, deux activités qui exigent, pour l’une, une utilisation plus intensive de ressources (superficie de stockage, véhicules de livraison, etc.) et, pour l’autre, une bonne dose de proactivité et d’innovation, des réflexes pas toujours naturellement présents au sein de ces immenses entités étatiques. En somme, c’est désormais par la qualité que les services postaux devront se faire connaître et se démarquer.

Le hic, c’est que l’activité de l’immense majorité des services postaux nationaux est enserrée dans une déclaration de service universel obligatoire, qui exige notamment que les services postaux soient rendus en toute fiabilité, partout où la population se trouve, et à un prix accessible pour l’ensemble des citoyens. Ainsi contrains, les services postaux nationaux doivent se réinventer, tout en maintenant une prestation de service minimale et, bien évidemment, en répliquant en même temps aux assauts féroce des concurrents qui, pour leur part, veulent également profiter de la manne générée par la croissance rapide du commerce en ligne. Ceci expliquant cela, la profitabilité en baisse des organisations postales, constatée à la lecture des données financières de nos trois services postaux pris en exemple, se comprend mieux.

À la lumière de ce qui vient d’être évoqué auparavant, ils sont désormais nombreux à remettre en question la présence même du service postal public. Est-il toujours nécessaire, en ce début de troisième millénaire? La question est lancée, et la réponse vous appartient!

 

 

 

 

 

[1] Union postale universelle, « Postal economic outlook 2019: Latest trends in an evolving sector ».

Laisser un commentaire

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d blogueueurs aiment cette page :