Les leçons du passé sont-elles valables en stratégie?

L’Histoire est une mine de faits et d’expériences vécues à l’intérieur de laquelle les stratèges d’entreprise tendent parfois à piocher, question de s’inspirer quant aux actions futures à poser. Mais est-ce une bonne chose? Le passé peut-il être garant de l’avenir, lorsque vient le temps de prendre une décision stratégique?

Dans un article précédent (lire « Quelles sont les qualités d’un bon stratège? »), j’avais identifié la culture générale, et notamment la connaissance de l’Histoire, comme l’une des compétences à développer pour toute personne aspirant à affiner sa capacité à réfléchir de manière stratégique. Une bonne culture historique permet en effet de mieux comprendre les tenants et aboutissants de notre monde contemporain, et d’ainsi éviter certains écueils évidents pouvant mener à des décisions stratégiques moins heureuses. Mais la connaissance historique peut-elle permettre de prédire l’évolution d’une situation donnée? Les stratèges d’entreprise peuvent-ils se fier sur les événements passés (qu’ils soient reliés à l’histoire nationale ou internationale, ou même à celle de l’entreprise ou de l’organisation) afin de prédire l’avenir? Rien n’est moins sûr…

L’Histoire se répète

Indubitablement, l’Histoire tend en effet à se répéter! Prenons l’actualité mondiale à témoin, et constatons par exemple que la montée des régimes autoritaires et l’essoufflement de la démocratie partout sur la planète, un fait avéré notamment par le plus récent Indice de la démocratie publié par The Economist Intelligence Unit, n’est certes pas étranger à ce qu’a vécu l’Europe durant l’entre-deux-guerres. Il serait bon d’en prendre note…

Toutefois, signale Theodore Kinni dans un billet[1] paru sur le site Internet de la revue strategy+business, le recours à l’Histoire devrait être balisé par certaines mises en garde.

  • L’Histoire a ses limites. Les faits ont évidemment leur importance, mais la connaissance et la compréhension du contexte dans lequel s’insèrent ces derniers est cruciale. Pourquoi? Parce que le monde dans lequel nous vivons est différent de celui d’il y a un an, une décennie, voire un siècle. Plaquer aujourd’hui une stratégie adoptée par une organisation il y a de cela des lustres, c’est élaborer une solution à partir de prémisses qui sont nécessairement erronées ou caduques. Le résultat ne peut qu’être surprenant, peut-être même décevant…
  • L’Histoire est écrite par les vainqueurs. Ce que nous savons et retenons de l’Histoire est généralement le fait de lunettes idéologiques bien précises et d’une lecture particulière de faits et de leurs causes. D’où l’importance, si l’on souhaite avoir une juste perspective des choses et d’en dégager des leçons adéquates, de puiser à plusieurs sources, à plusieurs points de vue.
  • L’Histoire rassure. La connaissance du passé contribue souvent à calmer les angoisses générées par l’éventualité d’un avenir incertain. Puisque l’entreprise ou l’organisation est toujours là, les décisions prises par le passé ne peuvent qu’être bonnes et celles que l’on s’apprête à prendre, inspirées des premières, seront tout aussi bonnes. Il s’agit là d’un biais cognitif, une mauvaise lecture de la réalité faite par notre cerveau, dont nous avons parlé dans notre article « Lâcher prise », publié à pareille date il y a deux ans. Il faut en être conscient!
Le dieu romain Janus, un visage tourné vers le passé et l’autre vers l’avenir.

Terminons notre propos par une citation de l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger qui, dans ses mémoires, a écrit la chose suivante : « L’histoire n’est pas, bien sûr, un livre de cuisine qui offre des recettes prétestées. Elle enseigne par analogie, pas par des maximes. Elle peut éclairer les conséquences d’actions dans des situations comparables, mais chaque génération doit découvrir par elle-même quelles situations sont en fait comparables. » Sages paroles… Connaître l’Histoire, chercher des parallèles à établir entre le passé et l’actuel, mais en ayant toujours le doute critique à l’esprit : voilà qui peut certes aider les décideurs stratégiques à mener leurs tâches à bien.

 

 

 

 

[1] Theodore Kinni, « Past performance is no guarantee of future results ». strategy+business, 18 octobre 2019.

2 thoughts on “Les leçons du passé sont-elles valables en stratégie?

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  1. Effectivement l Histoire en tant que Discipline scientifique est un aiguillon pour le devenir de l humanité.
    En effet, les faits historiques differes en fonction du contexte historique, mais ces faits peuvent avoir des similitudes c est de là qu ‘un stratège peut s inspirer pour forger son analyse des faits.

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