Prêt pour la démondialisation?

Elle est sur toutes les lèvres et à l’esprit des dirigeants d’entreprise et d’organisation : la mondialisation apparaît aujourd’hui comme une réalité bien tangible, et surtout irréversible. Pourtant, il n’en est rien. D’aucuns affirment même que nous assisterions, en ce début de décennie 2020, à un mouvement de démondialisation. Mythe ou réalité?Nous vivons, en ce début de troisième millénaire, sur une planète qui connaît un degré d’intégration jamais atteint dans l’histoire de l’Humanité. La mondialisation, résultat de la libre circulation des biens et des personnes, de l’accroissement de la rapidité des transports, tout comme celui des technologies de l’information et de la communication, a rapproché, pour le meilleur et pour le pire, les contrées de la Terre et les grands ensembles économiques. Mais ce mouvement est loin d’être linéaire et connaît, de temps à autre, des retours en arrière, des phases de démondialisation. Le leader mondial en logistique, l’entreprise allemande DHL, publie annuellement son Global Connectedness Index, un indice qui mesure, à l’aide de quatre variables (le commerce, les flux de capitaux, les flux informationnels et les mouvements des personnes) l’état de la mondialisation sur la planète. La mise à jour de cet indice pour l’année 2018 est formelle : un coup d’œil rapide au graphique ci-contre permet de constater que la mondialisation est en léger recul, une première depuis 2011, toujours selon DHL.

Des interrogations

Ce fait génère, on le devine bien, son lot d’interrogations. Ce mouvement de démondialisation est-il temporaire? Les entreprises et les organisations sont-elles prêtes à y faire face? Comme l’indique Dambisa Moyo, dans son billet[1] paru récemment sur le site Internet de la Harvard Business Rewiew, rien n’est moins sûr. De fait, bon nombre de facteurs peuvent laisser croire, affirme ce dernier, que cette phase pourrait perdurer quelque temps, en raison notamment des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, les deux plus importantes économies de la planète, de la montée en force du populisme et du nationalisme un peu partout sur le globe et, à ne pas oublier, de l’éventualité d’une récession mondiale, après une décennie de croissance ininterrompue.

En l’absence de certitudes quant à l’ampleur et à la durée de ce ralentissement de la mondialisation, les entreprises et les organisations, affirme Dambisa Moyo, devraient néanmoins porter une attention particulière à trois facteurs qui pourraient avoir des répercussions sur leurs activités.

  • Le morcellement de l’Internet. À ce jour, l’Internet, qui est au cœur de l’actuelle révolution numérique et qui a grandement contribué à l’accélération de la mondialisation, demeure un domaine virtuel unifié, auquel tout un chacun peut avoir accès librement, peu importe où il se situe sur cette Terre. Toutefois, des pays comme la Russie et la Chine travaillent à l’heure actuelle à l’établissement de réseaux Internet souverains qui permettraient notamment aux autorités gouvernementales de soustraire le trafic informationnel de ces pays[2] aux canaux habituels, un phénomène appelé splinternet en anglais. On imagine dès lors les énormes embûches inhérentes à cette fragmentation mondiale de l’Internet pour les entreprises et les organisations qui brassent des affaires dans tous les fuseaux horaires.
  • Les restrictions à l’immigration. La mondialisation a accéléré les flux de personnes entre les pays et les continents. On peut donc logiquement croire que la démondialisation aura l’effet inverse. Pour les entreprises et les organisations occidentales, qui sont aux prises avec de sérieuses pénuries de main-d’œuvre, l’impossibilité pour celles-ci de puiser à même un pool mondial de candidats peut sérieusement remettre en question leur capacité à mener leurs activités et à croître. Bon nombre d’études scientifiques ont déjà démontré qu’une main-d’œuvre diversifiée, notamment sur le plan ethnique et culturel, peut mener à un accroissement de l’innovation et de la créativité, tout en favorisant pour l’organisation une accumulation de connaissances relatives aux marchés internationaux. Il serait dommage de s’en priver…
  • La réglementation. Qui dit mondialisation dit aussi standardisation. On peut certes décrier, probablement avec raison, l’uniformisation culturelle entraînée par la mondialisation. Mais force est de reconnaître que cette même mondialisation a eu des conséquences heureuses en favorisant l’établissement progressif de règles commerciales et financières communes par l’entremise d’organisations comme le Fonds monétaire international (FMI), le Groupe de la Banque mondiale ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La possibilité pour une entreprise en croissance de, par exemple, financer sur les marchés internationaux, et à meilleur taux, ses activités serait d’autant réduite en période de démondialisation. On peine à croire pour les entreprises et les organisations les coûts entraînés par une restriction de l’accès à ces diverses ressources (financières, humaines, matérielles, etc.), où qu’elles soient sur la planète.

Il faut toujours être prudent quant aux prédictions, mais je suis de ceux qui croient que si l’Histoire a une direction donnée, celle-ci va dans le sens de la mondialisation et d’une plus grande harmonie entre tous les peuples de la Terre, qu’il soit question d’économie, de politique ou d’environnement, pour ne souligner que ces trois domaines. Qu’en pensez-vous?

 

 

 

 

 

[1] Dambisa Moyo, « Are Businesses Ready for Deglobalization? ». Harvard Business Review, 6 décembre 2019.

[2] Lire l’article d’Olga Rotenberg et Maxime Popov, « La Russie veut se doter d’un internet indépendant des serveurs étrangers ». La Presse, 8 janvier 2020.

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