Travailler moins et produire plus?

Les futurologues du siècle dernier promettaient l’avènement de la société du loisir. Nous en sommes encore loin! Néanmoins, certains pays, dont la Finlande, et certaines organisations commencent à réfléchir à la possibilité de réduire les heures travaillées de leurs employés. Qu’en est-il au juste?

La productivité… C’est sans conteste l’un des concepts qui, en matière de ressources humaines et de stratégie, préoccupe le plus les gestionnaires et les dirigeants de nos entreprises et de nos organisations. Pourquoi? Parce que, tout simplement, la productivité, que l’on peut définir comme le rapport entre une quantité de biens ou de services donnée et la somme de travail nécessaire pour produire cette dernière, est synonyme d’économies et, in fine, de profit. Des employés qui abattent le même boulot en un temps réduit ou qui en font davantage durant le même temps de travail, c’est évidemment une bonne nouvelle pour l’organisation et pour la construction ou le maintien d’un avantage concurrentiel.

L’exemple scandinave

Ce n’est donc guère étonnant si la Finlande, l’un des pays scandinaves dont les membres de cet ensemble géopolitique sont réputés pour leur avant-gardisme, jongle avec la possibilité de ramener la semaine de travail à quatre journées, celles-ci ne comprenant que six heures de travail quotidien, et tout ça pour le même salaire. Cette idée, bien qu’elle ne figure pas explicitement au programme du gouvernement finlandais, avait été énoncée plus tôt cette année par Sanna Marin, l’actuelle première ministre du pays : « Ce pourrait être la prochaine étape pour la Finlande. […] Je pense que les gens méritent de passer plus de temps avec leur famille, avec leurs proches, en se consacrant à des passe-temps et à d’autres aspects de la vie, comme la culture », avait alors déclaré la plus jeune dirigeante de gouvernement sur Terre, elle qui n’est âgée que de 34 ans! Pourtant, la Finlande est déjà l’un des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) où les gens travaillent le moins, avec une moyenne hebdomadaire de 36,3 heures.

Par ailleurs, l’éventualité d’une semaine de travail réduite n’est pas que le fait de certains pays ou de certains gouvernements. En août dernier, le géant de l’informatique Microsoft avait aussi testé au Japon la semaine de quatre jours de travail, avec des gains de 40 % en productivité pour l’entreprise[1]. Voilà qui fera réfléchir bien des décideurs…

Les avantages

Pourtant, force est de reconnaître que, toutes proportions gardées, nous n’avons jamais aussi peu travaillé. Les statistiques de l’OCDE sont formelles à ce sujet : le nombre d’heures travaillées annuellement par les employés de ses pays membres s’est atrophié de près de 11 % en un demi-siècle, pour s’établir à 1 724 heures en 2018.

Pourquoi, dès lors, vouloir moins travailler, si la tendance est déjà présente? Une foule de raisons sont avancées par les professeurs James Walker et Rita Fontinha, dans leur étude menée auprès de 500 dirigeants d’entreprise et de 2 000 employés anglais, ces derniers bénéficiant déjà de la semaine de quatre jours travaillés. Parmi ces raisons, les employeurs évoquent notamment une capacité accrue à attirer et à retenir une main-d’œuvre de plus en plus rare, un problème criant pour bon nombre d’entreprises occidentales. Les patrons constatent également une plus grande satisfaction de leurs troupes, une réduction de l’absentéisme et, tout comme ce fut le cas pour Microsoft, une hausse de la productivité. Ces résultats positifs, soulignent les auteurs, se sont par ailleurs concrétisés par des économies estimées à 92 milliards de livres (157 milliards CAD) pour l’ensemble des entreprises britanniques qui ont adopté cet horaire de travail.

Des réserves

Est-ce à dire que la semaine de travail de quatre jours est la panacée pour l’ensemble des entreprises et des organisations de la planète? Certaines réserves ont été recensées chez les employeurs sondés par les professeurs Walker et Fontinha, dont notamment la capacité à offrir une présence et un service adéquat auprès de la clientèle, les difficultés d’implanter une telle mesure et, à ne pas négliger, les tensions qu’un tel accommodement peut générer à l’intérieur de l’organisation, et plus particulièrement auprès des travailleurs plus âgés qui, valeurs obligent, pourraient mal saisir le désir des jeunes travailleurs de consacrer moins de temps au travail.

Quoi qu’il en soit, un fait demeure indéniable. Pour l’immense majorité des entreprises et des organisations, les ressources humaines constituent, et de loin, le coût le plus important. Autant faire en sorte que les employés soient heureux et productifs au travail!

 

 

 

 

 

[1] Lire à ce sujet l’article de Michelle Toh et Yoko Wakatsuki, « Microsoft tried a 4-day workweek in Japan. Productivity jumped 40% ». CNN, 18 novembre 2019.

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