L’endettement des ménages, une menace planétaire?

Les signaux d’alarme retentissent haut et fort  : l’endettement des ménages constitue probablement l’une des très grandes menaces à la stabilité économique de la planète. Et il faut y voir rapidement, si l’on ne veut pas revivre les effets néfastes de la crise financière mondiale de 2007-2008.

À la mi-novembre, La Presse publiait un article au titre un tant soit peu alarmant : « L’endettement des ménages américains atteint un nouveau record ». Le quotidien montréalais révélait en effet que la dette personnelle des 330 millions d’Américaines et d’Américains avait crû pour un 21e trimestre consécutif, atteignant un sommet inégalé de plus de 1 300 milliards USD. Ce triste record avait été inscrit lors du troisième trimestre de 2008, au cœur de la crise financière de 2007-2008, crise qui a bien failli provoquer l’enrayement du système économique mondial.

Certains sont plus endettés que d’autres…

La situation, sans être inquiétante à l’extrême, est toutefois préoccupante. L’Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE) indique qu’en un quart de siècle, soit de 1995 à 2018, l’endettement moyen des habitants de ses pays membres a presque doublé, passant de 67,7 % à 130,25 %. C’est donc dire qu’en moyenne, les habitants des pays de l’OCDE possèdent, pour chaque tranche de 100 dollars de revenus, une dette de 130,25 dollars. Bien évidemment, tous ne sont pas égaux devant le phénomène de l’endettement. Les plus récentes données à cet effet montrent que les pays scandinaves sont certainement les cancres du globe à ce chapitre, les habitants du royaume du Danemark trônant au sommet de ce palmarès peu enviable avec un endettement individuel de 281 dollars, tandis que la Norvège occupe la troisième marche du podium (239 dollars) et la Suède, le sixième rang (189 dollars).

Pourquoi s’en faire?

On serait en effet porté à croire que tant que les dettes des ménages sont adossées à des actifs potentiellement et rapidement liquidables, comme une maison par exemple, il n’y a pas trop à s’en faire. Et puis, sans le crédit, est-ce que la croissance économique serait aussi vigoureuse qu’elle ne l’est en ce moment? Probablement pas. Mais cette manière d’entrevoir  l’endettement, aussi lénifiante soit-elle à court terme, pourrait réserver de très mauvaises surprises à toutes celles et tous ceux qui sont débiteurs, si jamais l’horizon économique venait à s’assombrir.

C’est là l’opinion des économistes du Fonds monétaire international (FMI) qui, dans l’édition 2017 de leur Rapport sur la stabilité financière dans le monde, signalent que si l’endettement à court terme peut avoir des conséquences heureuses pour les citoyens, les entreprises et l’économie d’un pays donné, les effets à moyen et à long terme pourraient se révéler, pour leur part, assez douloureux pour ces mêmes acteurs économiques. De fait, l’endettement des ménages, indiquent les experts du FMI, peut permettre de fortifier un temps la demande, une situation qui ne pourra que plaire aux entreprises. Ce faisant, ces mêmes experts établissent également une corrélation positive entre l’accroissement de l’endettement personnel et la diminution du chômage, conséquence de la hausse de la demande évoquée plus haut. Mais il y a un « mais »! Laissons les spécialistes du FMI nous mettre en garde sur les conséquences à plus long terme de l’endettement personnel : « […] un endettement accru des ménages va de pair avec une plus grande probabilité de crise bancaire. Lorsque la dette des particuliers est plus élevée, ces effets négatifs sont plus marqués, et ce encore plus dans les pays avancés que dans les pays émergents, où la dette des ménages et la participation au marché du crédit sont plus faibles. » En somme, révèle le FMI, les effets positifs de l’endettement des ménages tendent à s’estomper après trois à cinq années, et peuvent rapidement laisser place à une contraction du crédit qui viendra annuler les gains réalisés à court terme, voire même aggraver le contexte économique d’un pays ou d’un ensemble géopolitique donné.

Il y a donc là matière à réflexion pour les consommateurs que nous sommes, alors que l’endettement des ménages suit une pente ascendante et que l’on spécule à l’heure actuelle sur l’arrivée de la prochaine récession mondiale….

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