Les coopératives : croître sans perdre son âme

Elles ont cette grande faculté de souvent passer sous le radar des observateurs du monde des affaires. De fait, on conviendra qu’il est assez rare d’entendre parler de ces dernières dans les médias. Pourtant, les coopératives sont un rouage important, voire même essentiel, de l’activité économique sur le globe. Quelle place occupent-elles dans la vie économique? Quelles sont leurs perspectives d’avenir?

L’état de la situation

Force est de constater en effet que les grandes entreprises occupent une place démesurée dans les médias. Pourtant, en nombre absolu, ces dernières représentent une infime minorité des entreprises existantes (0,3 % des entreprises au Canada). Certes, le poids économique des grandes entreprises est important. Mais elles ne sont pas seules sur le terrain, loin de là! Les coopératives, ces organisations « […] centrées sur les personnes qui sont détenues conjointement et contrôlées démocratiquement par leurs membres pour répondre à leurs aspirations socioéconomiques et à leurs besoins communs »[1], existent également et génèrent une activité économique d’envergure tout en contribuant à créer de l’emploi et à servir les intérêts de leurs proprios, à savoir les membres. Les plus récentes données de l’Alliance Coopérative Internationale (ACI) indiquent que cette organisation ne représente qu’environ 300 des quelque trois millions de coopératives existantes sur la Terre. De fait, indique l’ACI, c’est environ 12 % de la population mondiale qui fait partie d’une coopérative, et le mouvement coopératif procure de l’emploi à 280 millions de personnes sur le globe.

Une puissance économique d’envergure mondiale

Même si les coopératives sont d’abord et avant tout axées sur l’humain, la performance économique de ces dernières demeure impressionnante. Chaque année, et ce depuis les huit dernières années, l’ACI et l’institut EURICSE publient le World Cooperative Monitor, une compilation de la performance des 300 plus importantes coopératives mondiales. Ce rapport nous apprend entre autres que le revenu combiné de ces coopératives s’élève à plus de 2 000 milliards USD. Le champion en la matière est le Groupe Crédit Agricole français qui, avec des revenus de plus de 96 milliards USD, viendrait se faufiler au 73e rang du Fortune 500 des plus grandes entreprises de la planète. Il est à noter que c’est dans le domaine de l’assurance (117 coops), dans l’agriculture et de l’alimentation (95 coops) et dans le commerce de gros et de détail (53 coops) que l’on retrouve le plus de ces grandes coopératives.

Les défis futurs des coopératives

Dans le contexte socioéconomique qui caractérise ce début de nouveau siècle et de nouveau millénaire, rien n’est gagné d’avance pour les coopératives, et a fortiori pour les 300 coopératives d’envergure que nous évoquions précédemment. Le néolibéralisme, l’individualisme et la mondialisation sont des réalités qui posent sur le parcours des coopératives des obstacles de taille. Profondément enracinées dans leurs milieux respectifs et toujours soucieuses de servir les intérêts de celles et ceux qui les possèdent, les coops n’en sont pas moins de plus en plus poussées à adopter des pratiques qui se rapprochent des entreprises et des organisations du secteur privé. De nombreux facteurs contribuent à cet état de fait. Afin de maintenir leur pouvoir au sein du marché, les coopératives tendent à suivre leurs consœurs du secteur privé et cherchent à croître également sur la scène mondiale, notamment par le truchement des acquisitions, une dynamique notée par Xavier Deroy et Maryline Thénot dans leur article[2] sur les coops agricoles françaises : « Les coopératives visent une taille « critique » pour renforcer leur pouvoir de négociation face aux fournisseurs, aux acheteurs des groupes mondiaux spécialisés, [et pour] financer plus aisément leurs investissements. Ce contexte a favorisé la constitution de grands groupes coopératifs agricoles français dont la croissance s’est souvent opérée par des activités filialisées ». Ces nouvelles filiales ainsi acquises au fil du temps font en sorte d’ajouter au portefeuille d’activités des grands groupes coopératifs des entités qui sont, pour leur part, empreintes des valeurs marchandes, menant ainsi à une hybridation, voire peut-être même à un affaiblissement, des valeurs inhérentes au modèle coopératif. Autre phénomène observé, l’arrivée au sein de ces grandes coops de dirigeants portés sur les valeurs de l’efficacité et de l’efficience qui, une fois de plus, vient amoindrir la portée de l’éthos coopératif en leurs murs.

Ce ne sont là que deux des nombreux défis auxquels ont à faire face les coopératives aujourd’hui? Devant les assauts répétés des forces du marché, les coopératives sauront-elles perdurer et croître tout en conservant leur âme?

 

 

 

 

[1] Définition proposée par l’Alliance Coopérative Internationale.

[2] Deroy, X., & Thénot, M. (2015). L’évolution des logiques coopérative et de marché dans les coopératives agricoles françaises. Revue française de gestion, (5), 31-47.

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