Le point de bascule, entre le succès ou l’échec

La différence entre une entreprise qui réussit et une entreprise qui en arrache ou, pire encore, qui ne survit pas, tient souvent à peu de choses. Un groupe de chercheurs pense avoir identifié ce qui peut faire cette différence cruciale…

L’histoire des entreprises et des organisations est remplie d’exemples inspirants d’entrepreneurs de tout acabit qui, après une série d’échecs parfois retentissants, ont surmonté l’adversité pour enfin réussir, et ce de manière éclatante. On pensera ici à Henry Ford, Walt Disney, Thomas Edison ou, plus près de notre époque, Steve Jobs. Dès lors, la question se pose : qu’est-ce qui peut bien expliquer le succès de ces entrepreneurs, après nombre d’essais infructueux et bien des années de pain noir? Était-ce la chance? La persévérance et la résilience? La personnalité de ces personnages plus grands que nature? Une stratégie ingénieuse? Un heureux mélange de tous ces ingrédients?

La science à la rescousse

C’est la question sur laquelle se sont penchés Dashun Wang et James Evans, eux qui ont résumé dans un billet[1] publié sur le site Internet du magazine Fast Company l’essentiel de leur article scientifique publié à ce sujet dans la réputée revue Nature[2]. Pour ce faire, les chercheurs ont scruté un vaste échantillonnage de données provenant de trois domaines bien distincts : les demandes de subvention (plus de 775 000, entre 1985 et 2015) du plus important fonds américain en recherche biomédicale, les entreprises financées par du capital de risque en provenance d’un important organisme subventionnaire en la matière (plus de 58 000 entreprises lancées, entre 1970 et 2016) et… les attentats terroristes (plus de 170 000) perpétrés sur la planète entre 1970 et 2017. Dans les trois cas, le succès se définit de manière binaire : ça fonctionne, ou pas!

Fail fast, fail early, fail often

Les conclusions de l’enquête menée par Dashun Wang, James Evans et leurs complices recoupent essentiellement l’adage populaire voulant qu’en affaires, il est bénéfique d’échouer rapidement, d’échouer tôt dans le projet et d’échouer à maintes reprises afin de parvenir au succès. À cet égard, les auteurs de l’étude ont identifié, à travers leur immense base de données, deux types de parcours caractéristiques :

  • Le sujet échoue, ignore les leçons des expériences passées et relance son projet à neuf;
  • Le sujet réussit finalement son projet, après avoir échoué à plusieurs reprises, à la différence qu’à chaque occurrence, il corrige son projet jusqu’à ce que celui-ci atteigne finalement l’objectif.

Le point de bascule

Les chercheurs signalent par ailleurs que la frontière entre le succès ou l’échec d’une personne ou d’une entreprise est souvent bien plus mince qu’on ne l’imagine. De fait, entre l’échec et le succès, il existe, constatent les auteurs de l’étude mentionnée auparavant, une phase de stagnation de laquelle les sujets seront incapables de s’extirper, à moins de persister dans des tentatives successives et, surtout, d’améliorer de manière incrémentale, petit à petit, les différents aspects du projet qui « accrochent » : « […] les [sujets] utilisent la rétroaction pour s’engager dans une « amélioration intelligente » qui donne lieu à de meilleures tentatives et, en fin de compte, à la victoire. Ceux qui finissent par réussir échouent beaucoup plus rapidement — et de plus en plus rapidement à chaque tentative — en réutilisant efficacement les composants précédents, plutôt que de jeter le bébé avec l’eau du bain comme le font leurs pairs stagnants », précisent les chercheurs. En somme, estiment ces derniers, surviendra un moment où l’une de ces améliorations incrémentales fera toute la différence : c’est le point qui fera basculer la personne ou l’entreprise de la stagnation au succès.

Quelle est la leçon à retenir de cette étude, dans la perspective stratégique qui est la nôtre? Tout simplement que la stratégie n’est pas une science exacte, et que toute bonne stratégie devra être ajustée, peaufinée, raffinée au fur et à mesure de son déploiement, jusqu’à ce qu’elle produise les effets escomptés et les résultats espérés. D’où l’importance pour le capitaine de demeurer sans cesse vigilant, et de corriger de temps à autre d’un léger coup de barre la trajectoire du navire, au gré des éléments!

 

 

 

 

[1] Dashun Wang et James Evans, « Science reveals the tipping point between success and failure ». Fast Company, 16 janvier 2020.

[2] Yin, Y., Wang, Y., Evans, J. A., & Wang, D. (2019). Quantifying the dynamics of failure across science, startups and security. Nature, 575(7781), 190-194.

2 thoughts on “Le point de bascule, entre le succès ou l’échec

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  1. J’ai été très motivé et encouragé à continuer sur ma lancée alors que je me retrouve actuellement au creux de la vague en cette affaire qui me tient à cœur. Je crois ainsi que la réussite me rencontrera finalement au bout de ma persévérance. Sinon, j’ai aimé lire ça: « Fail fast, fail early, fail often ». Ah oui, j’en suis là à mon troisième échec! Ayant retenu les leçons essentielles et pris les résolutions correctives utiles, je suis persuadé que, Dieu aidant, la réussite fera ma rencontre un jour. Merci

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