La dépendance chinoise d’Apple

Au cours de la dernière décennie, la Chine aura été pour Apple un véritable tremplin qui lui aura permis d’accroître à la fois l’offre et la demande de ses produits et, in fine, ses revenus et ses profits. Mais la dépendance de la firme à la pomme à l’égard de la Chine pourrait, à terme, lui coûter cher…

Certes, me direz-vous, la valeur de l’action d’Apple n’a jamais été aussi élevée, si l’on exclut la récente dégringolade de cette dernière en raison du tristement célèbre COVID-19, une situation qui n’est d’ailleurs pas propre à l’entreprise basée à Cupertino, en Californie. De fait, les parts d’Apple ont atteint, le 12 février dernier, un sommet historique de plus de 327 USD. Dans la mesure où la valeur de l’action d’une entreprise donnée reflète en grande partie le degré de confiance des investisseurs en l’avenir de cette dernière, on pourrait croire que tout est au vert sur le tableau de bord de Tim Cook, le grand manitou de l’entreprise. Mais la situation d’Apple est-elle aussi rose que le laisse entendre la performance de l’entreprise sur les marchés boursiers?

La pomme explose!

À cette importante question, le magazine britannique The Economist répond « non! », dans un récent article[1] publié à ce propos. Le pari chinois fait par Apple au début de la décennie 2010 fut, d’un point de vue commercial et financier, le bon. Comme on peut le constater à la vue du graphique ci-contre, la première moitié de ladite décennie a vu les ventes chinoises d’Apple exploser, passant d’environ trois milliards en 2010 à tout près de 60 milliards USD en 2015, ventes dont l’iPhone a été la principale dynamo. En cette année 2015, près du quart des ventes planétaires d’Apple provenaient de l’Empire du Milieu. Mais depuis, les résultats sont moins éclatants…

Des nuages à l’horizon?

Dans l’immédiat, il faudra s’attendre à moins encore pour Apple en Chine et partout sur la planète, l’entreprise annonçant la semaine dernière qu’elle ne serait pas en mesure d’atteindre ses objectifs pour le premier trimestre de 2020, en raison du coronavirus. Mais au-delà de ce fait circonstanciel, des causes structurelles pourraient, prévient The Economist, mettre à mal la santé financière de l’entreprise dans un avenir plus ou moins rapproché. Quatre éléments viennent appuyer l’argumentaire de The Economist.

  • L’écosystème technologique. La fabrication des produits Apple est majoritairement réalisée en Chine. Le coût plus faible de la main-d’œuvre chinoise, conjuguée aux bonnes relations établies par Apple avec ses principaux sous-traitants, dont l’entreprise taiwanaise Foxconn, et le gouvernement de Beijing ont permis, au cours de la dernière décennie, la construction d’immenses complexes industriels et technologiques qui approvisionnent les iStores de la planète en millions d’appareils annuellement. Toutefois, signale The Economist, les tentatives d’Apple de diversifier sa chaîne de production dans d’autres pays, notamment au Brésil et en Inde, se sont avérées décevantes. Bref, en matière de fabrication, Apple a misé le tout sur la Chine;
  • Les tensions commerciales. Tant que les relations entre Beijing et Washington demeuraient cordiales, la situation d’Apple était relativement assurée. Néanmoins, depuis l’arrivée à la Maison-Blanche du président Trump, les deux pays, qui constituent respectivement la première et la seconde économie de la planète, sont à couteaux tirés. Les barrières commerciales, les interdits d’exportations technologiques des États-Unis vers la Chine et les enjeux à l’égard de l’implantation progressive de la norme de téléphonie cellulaire 5G constituent autant de menaces qui pourraient fragiliser la croissance d’Apple, au sein d’un jeu diplomatique et économique qu’elle ne contrôle pas;
  • La concurrence. Ce n’est un secret pour personne : la concurrence des fabricants de smartphones chinois est vive et, dans un contexte de guerre commerciale et de nationalisme exacerbé tant du côté américain que du côté chinois, les consommateurs chinois encouragent leurs entreprises comme Huawei, Oppo, Vivo ou Xiaomi. Le résultat? Les ventes d’iPhones en Chine ont chuté de 21 % l’an dernier. La pente sera dure à remonter…
  • L’iPhone. Plusieurs diront qu’Apple n’a rien inventé de bien nouveau depuis l’arrivée de Tim Cook à la barre de l’entreprise, en 2011. Le hic, c’est que l’entreprise génère près de 55 % de ses revenus totaux à partir de ce seul produit, et que nombre de ses autres produits et de ses services (App Store, Apple Music, AirPods, Watch) sont étroitement liés à l’iPhone. Une baisse des ventes de ce dernier pourrait donc avoir un effet multiplicateur négatif sur l’ensemble des revenus de la firme.

La Chine représente pour Apple le second marché national en importance, après son marché domestique, les États-Unis. Néanmoins, mettre tous ses œufs dans un même panier représente toujours un très grand risque en stratégie d’entreprise. L’heure d’une diversification tous azimuts est-elle proche pour Apple? L’entreprise californienne pourra-t-elle se défaire de sa dépendance chinoise? Qu’en pensez-vous?

 

 

 

 

[1] The Economist, « Apple’s Chinese troubles ». 20 février 2020.

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