Soyons désormais stratégiques!

À la lumière de la crise mondiale dans laquelle nous sommes plongés, la pensée stratégique n’aura jamais été aussi importante aujourd’hui. Mais elle le sera bien davantage demain, question d’amoindrir les difficiles conséquences qui sont encore à venir…

Ceux qui doutent encore de l’importance de la crise sanitaire et économique actuelle, et ils sont sans doute bien peu nombreux aujourd’hui, seront convaincus de son ampleur en jetant un simple coup d’œil sur la valeur de l’indice Dow Jones à la Bourse de New York qui, en un peu plus d’un mois, a perdu plus de 10 000 points. Du jamais vu!

Nous vivons à l’heure actuelle un choc d’une rare importance, un choc qui pourrait se comparer à la situation vécue, par exemple, lors de la crise économique des années 1930. Le rétablissement sera long, des mois sans doute. Puisque Mère Nature nous a tous confinés dans nos chambres pour un temps indéterminé, prenons le temps de réfléchir à la situation et à ce que nous pouvons en tirer, en termes de leçons pour l’avenir. Car à n’en point douter, les choses ne seront plus jamais comme avant…

Des certitudes

Une chose est toutefois sûre, la crise actuelle ne sera pas la dernière. Je constate que la mondialisation, dont le rythme s’est accéléré depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a eu des conséquences parfois heureuses, parfois malheureuses. Certes, la mondialisation a permis, entre autres, l’accroissement des échanges commerciaux et la hausse du niveau de vie

général des Terriens, tout cela favorisé par l’extraordinaire révolution numérique au sein de laquelle nous sommes plongés à l’heure actuelle. Mais le revers de la médaille, c’est que les crises sociales, économiques et sanitaires (comme c’est le cas actuellement avec la COVID-19) ne sont plus locales : elles génèrent à chaque fois une onde de choc qui se ressent tout autour du globe et qui affecte tout un chacun, peu importe à quelle latitude il se trouve. Choc pétrolier de 1973, récession du début de la décennie 1980, éclatement de la bulle Internet et attaques du 11 septembre 2001, crise financière de 2007-2008 : chaque décennie apporte son lot de perturbations auxquelles, il faut bien le reconnaître, nous réagissons souvent avec bien du retard…

Dorénavant, il nous faudra collectivement être bien plus stratégiques que nous l’avons été à ce jour, car ces crises semblent désormais récurrentes.

Prévoir le pire

Penser stratégiquement, c’est notamment projeter son regard au-delà des quelques semaines ou des quelques mois à venir : c’est anticiper le futur à moyen et à long terme. Au moment d’écrire ces lignes, les élus américains peinent encore à s’entendre sur un plan de relance de l’économie nationale, plan qui pourrait s’élever à quelque deux trillions USD (2 000 milliards de dollars). Cette somme astronomique représente 10 % du PIB annuel du pays, et on se demande comment le gouvernement fédéral pourra financer cette bouée de sauvetage, alors

que les cadeaux fiscaux de l’administration Trump aux mieux nantis du pays ont creusé un déficit d’un trillion USD dans les finances publiques fédérales. Voilà ce que s’appelle une vision à court terme…

À l’inverse, prenons le cas de la Norvège. Ce pays scandinave a commencé l’exploitation des ressources pétrolières de la mer du Nord à la fin de la décennie 1960. À partir de 1996, les Norvégiennes et les Norvégiens se sont donné le Fonds gouvernemental pour le pétrole, un fonds souverain ayant pour mission de gérer la rente obtenue par l’exploitation et la vente de leur pétrole (voir la vidéo plus bas, en anglais). Le résultat? Cet instrument financier est aujourd’hui le fonds souverain le plus important du globe, avec un actif d’environ 1,15 trillion USD. C’est donc dire que chaque habitant de ce pays de 5,5 millions d’âmes peut théoriquement compter sur un coussin financier de 210 000 USD. Voilà ce qui s’appelle une vision à long terme…

Préparer le plan B, C, D et E

S’il y a une chose qui me frappe dans la présente situation, c’est la rapidité relative avec laquelle les entreprises et les organisations ont su se réorganiser, voire même parfois se réinventer, afin d’affronter l’immense obstacle qui se dresse devant elles. Grâce à la révolution numérique, nous pouvons, pour la plupart d’entre nous j’espère, maintenir un semblant d’activité économique, une chose qui aurait été impensable lors des chocs des dernière décennies. C’est une chance dans notre malchance, et le fait de pouvoir, avec l’Internet et ses

innombrables possibilités, maintenir notre infrastructure de production à flot, même si elle tourne au ralenti, laisse entrevoir et espérer une reprise plus rapide des activités normales. Il y aura alors, de la part de l’État et des grands acteurs économiques, un sérieux effort de réflexion à mener et de nombreux plans de contingence et de continuité des opérations à élaborer en vue de la prochaine crise, qui surviendra invariablement. À l’avenir, les entreprises et les organisations devront être en mesure de passer en mode « confinement » en un tournemain, s’il l’on entend survivre aux prochains chocs. Il en va de la survie et de la prospérité de tous et de chacun.

Se serrer les coudes

Penser stratégiquement, c’est également prendre conscience du fait que nous sommes collectivement dans le même bateau, et que le bien-être de tout un chacun est garant du bien-être collectif. Je salue ici les entreprises et les organisations qui, d’emblée, ont annoncé qu’elles maintenaient, partiellement ou en totalité, les salaires de leurs employés, sans même savoir de quoi demain sera fait. C’est là un signe indéniable que les principes de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) sont en voie de s’ancrer pour de bon dans les valeurs du monde des

affaires, et c’est une excellente chose! Maintenir ses ressources, notamment humaines, en état de fonctionnement est une initiative qui mérite, stratégiquement parlant, d’être soulignée. Car si les entreprises et les organisations voient à coup sûr leurs revenus fondre comme la neige sous les rayons du soleil printanier tout en maintenant un même niveau de coûts, elles ont aussi compris qu’il vaut mieux souffrir sur une brève période de temps, plutôt que d’en arracher pendant des années à venir. En maintenant leur force de travail relativement intacte, ces entreprises et ces organisations seront mieux placées lors de la reprise, avec des employés déjà en place (pas besoin d’embauche ou de réembauche!), reconnaissants envers l’organisation et prêts à se retrousser les manches afin de retrouver le niveau de prospérité antérieur.

Plus que jamais, la pensée stratégique est nécessaire et essentielle à la prospérité de nos acteurs économiques et de nos sociétés. Il y aura une prochaine crise. Sera-t-elle sanitaire, économique, technologique, environnementale, politique? Nous avons la chance maintenant de prévenir les maux futurs. À nous de ne pas rater le coche!

Laisser un commentaire

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d blogueueurs aiment cette page :