Le pari sportif en Amérique : les jeux sont faits!

S’il est vieux comme le monde, le pari sportif, maintenant en voie de légalisation sur l’ensemble du territoire américain, promet de nouvelles et massives entrées d’argent frais pour les ligues professionnelles de sport.

Ce n’était sans doute qu’une question de temps avant que le pari sportif ne fasse son entrée par la grande porte, dans le cas du sport nord-américain, mais il aura quand même fallu attendre, et attendre, et attendre… Ce n’est qu’en mai 2018 que la Cour suprême américaine aura indirectement accordé aux États de la fédération le droit de légaliser le pari sportif sur leur territoire respectif, après des décennies d’existence illicite. La brèche ayant été ouverte depuis, bon nombre des 50 États ont voulu profiter de la manne le plus rapidement possible en permettant, selon des modalités qui leur sont propres, de parier sur les nombreux événements qui agrémentent la scène sportive nord-américaine. L’infographie ci-contre, œuvre de l’American Gaming Association (AGA), témoigne à la fois de la vitesse et de l’ampleur de la légalisation du pari sportif chez l’Oncle Sam.

Un tsunami de revenus

Les propriétaires d’équipes sportives et les athlètes salivent déjà abondamment à la seule idée des sommes faramineuses qui tomberont indirectement dans leurs poches, à la suite du mouvement de légalisation du pari sportif. Imaginez! Dans son article[1] sur le sujet publié dans le magazine Fortune, Rey Mashayekhi, citant des données de l’AGA, affirme que le pari sportif illégal aux États-Unis s’élevait annuellement à 150 milliards USD, des sommes transitant essentiellement par les sites extraterritoriaux de paris ou par des teneurs au livre illégaux. Maintenant que le pari sportif est maintenant autorisé dans près d’une majorité d’États américains, on peut raisonnablement supposer qu’une bonne partie de ces sommes refera surface, légalement cette fois-ci. L’AGA estime que pour la saison 2019 de la National Football League (NFL), la ligue de sport professionnel générant le plus de revenus sur Terre (environ 16 milliards USD en 2019), 38 millions d’Américains, soit un Américain adulte sur quatre, ont parié sur l’un des matchs du circuit. Pour le seul Super Bowl LIV, point d’orgue de cette même saison 2019, 26 millions d’Américains adultes auraient, toujours selon l’AGA, collectivement misé 6,8 milliards USD. Le lobby estime même que la clientèle potentielle du pari sportif pourrait se chiffrer à 100 millions d’Américains, soit 39 % de la population américaine adulte.

Une conjonction de facteurs plus que payante!

Pour les quatre ligues professionnelles nord-américaines[2] et leurs 123 clubs, le pari sportif légalisé ne fera pas en sorte de faire tomber directement dans leurs goussets les montants évoqués auparavant. En fait, l’AGA estime que les quatre grands circuits professionnels pourraient voir l’ensemble de leurs revenus s’accroître (seulement!) de plus de quatre milliards USD. Mais ce sont bien davantage les effets indirects de la légalisation du pari sportif qui feront la différence.

Car dans la perspective des principaux intéressés, le pari sportif est bien davantage un vecteur qui permet de démultiplier l’engagement des fans à l’égard des sports auxquels ils s’intéressent. En effet, le pari sportif a ceci de magique qu’il combine à la fois l’attachement émotif du partisan à son équipe ou à son sport, le défi intellectuel d’identifier le pari gagnant pour une partie donnée, et la possibilité de faire des sous grâce à son savoir sportif et à son instinct. Voilà une formule gagnante à tous points de vue. Un seul exemple pour appuyer notre dernière affirmation : une étude de l’AGA menée en 2019 auprès de 11 000 Américains a révélé que dans le cas précis des matchs de la NFL, 75 % des parieurs sont susceptibles de regarder le match sur lequel ils ont parié. Pour les ligues sportives professionnelles, le pari sportif est donc synonyme d’un nombre de spectateurs et de téléspectateurs, de revenus publicitaires et de revenus de commandites accrus.

Par ailleurs, l’effet multiplicateur du pari sportif fait sentir ses effets de bien d’autres manières. La révolution numérique a en effet permis l’émergence d’une pléthore de plateformes de pari sportif, dont les plus importantes sont DraftKings et FanDuel. Il est maintenant possible pour tous les mordus de placer leurs paris en un tournemain, et à toute heure du jour ou de la nuit, grâce à leurs applications sur smartphone. D’autre part, ces mêmes plateformes offrent de scinder le produit sportif en de multiples actions, comme autant de possibilités de micro-paris éventuels, et de revenus supplémentaires!

En somme, la croissance future des ligues professionnelles, qu’elles soient nord-américaines, européennes ou asiatiques, sera grandement portée par le pari sportif. Certes, le pari sportif génère également son lot d’effets pervers. Pensons seulement aux problèmes de dépendance au jeu ou à l’intégrité des différents sports autour desquels il gravite. Mais il faut croire que les principaux protagonistes se sont rangés à l’avis de l’empereur romain Vespasien, qui affirmait à son fils, le futur empereur Titus, que l’argent n’a pas d’odeur…

 

 

 

 

[1] Rey Mashayekhi, « Inside the Battle for the Future of Sports Betting ». Fortune, 10 avril 2019.

[2] La National Football League (NFL), la Major League Baseball (MLB), la National Basketball Association (NBA) et la National Hockey League (NHL).

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