Dilemme chez Volkswagen

Vendre ou ne pas vendre? Tel est le dilemme des dirigeants de Volkswagen, à propos de la mythique marque Porsche, dont le géant allemand est propriétaire depuis 2012. Une difficile décision en perspective…

Les férus d’histoire le savent, les destinées de Volkswagen et de Porsche sont intimement liées depuis la sombre période de l’Allemagne nazie. C’est en effet à l’ingénieur Ferdinand Porsche qu’Adolf Hitler confiera la mission de démocratiser l’automobile en concevant et en fabriquant une voiture qui pourrait transporter quatre personnes à 100 kilomètres-heure, le tout à moins de 1 000 reichmarks, la monnaie allemande d’alors. Ce projet de voiture du peuple (volk pour peuple, et wagen pour voiture) sera concrétisé en 1938 avec la sortie de la mythique Volkswagen type 1, affectueusement surnommée Coccinelle, connue et reconnue partout sur le globe encore aujourd’hui.

La communion entre les deux marques ne s’arrête toutefois pas là. Après avoir tenté d’acheter, sans succès, Volkswagen à la fin de la décennie 2000, Porsche était finalement intégrée aux activités de sa grande sœur en 2011, après une saga juridico-financière dont nous vous épargnons les nombreux détails. Depuis, force est de reconnaître que Porsche s’est avérée être une véritable locomotive pour le géant automobile allemand. En effet, bien que seulement 2,4 % des voitures fabriquées par le groupe soient des Porsche, soit environ 277 000 véhicules, l’iconique marque génère à elle seule plus de 10 % des revenus et près du quart (24,8 %) du bénéfice d’exploitation de Volkswagen.

Volkswagen possède donc, au sein de sa gamme de marques, un véritable joyau et, à la lumière de ce qui précède, plusieurs se demandent si le temps n’est pas venu, compte tenu de la performance de Porsche, de vendre cette dernière. « C’est une question légitime », a récemment fait remarquer à ce sujet Frank Witter, le chef de la direction financière de Volkswagen, tel que rapporté dans le magazine britannique The Economist[1]. Plusieurs arguments militent en faveur et en défaveur de l’éventuelle transaction.

Vendre…

Certains font en effet valoir que le moment n’a jamais été aussi propice pour se départir d’un tel bijou. Comme le rapporte le cabinet britannique Brand Finance dans son rapport Luxury & Premium 50 2019, Porsche trône au sommet du classement des marques de luxe, en termes de valeur monétaire de la marque. La firme estime en effet que la valeur de Porsche s’élève à un peu plus de 29 milliards USD. Par ailleurs, les décideurs chez Volkswagen ont sans doute encore à l’esprit l’exemple de la rivale italienne Ferrari qui, en 2014, a quitté le giron de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) pour voler de ses propres ailes (ou rouler de ses propres roues!), faisant exploser la valeur financière de la marque au cheval cabré. En somme, il y aurait, avec la vente de Porsche, un énorme coup d’argent à faire : The Economist rapporte que cette éventuelle transaction pourrait faire tomber 150 milliards d’euros dans les coffres de Volkswagen, alors que la capitalisation boursière[2] du groupe oscille ces jours-ci autour de 65 milliards USD. Voilà donc matière à réflexion pour les dirigeants de Volkswagen…

 …ou ne pas vendre!

Toutefois, certains autres rappellent, en guise de contre-exemple à Ferrari, qu’une autre grande marque de voitures de luxe, Aston Martin, a suivi la même trajectoire que sa consœur italienne en devenant une entreprise publique 2018, avec cependant une tout autre conclusion. L’action du constructeur britannique, offerte à près de 610 USD lors de son introduction à la Bourse de Londres en octobre 2018, vaut 11 fois moins, et s’échange aujourd’hui à 55 USD.

Par ailleurs, l’un des facteurs expliquant la forte rentabilité de Porsche a trait aux économies d’échelle générées par le groupe grâce à ses plateformes[3] communes entre les marques. En effet, et pour ne citer qu’un seul exemple, le véhicule utilitaire sport (VUS) Porsche Cayenne, de même que le Volkswagen Touareg et l’Audi Q7 utilisaient jusqu’à tout récemment la même plateforme, réduisant d’autant le coût de fabrication pour les trois marques. Il est donc évident que ces mêmes économies d’échelle s’envoleraient d’un coup, une fois la sortie de Porsche du groupe Volkswagen concrétisée…

Bref, le conseil d’administration de Volkswagen aura une importante décision à prendre dans les mois à venir. Si la décision vous revenait, que feriez-vous? Laissez-nous savoir votre opinion dans la boîte de commentaires à cet effet, plus bas!

 

 

 

 

 

[1] The Economist, « Porsche is small but highly lucrative ». 12 septembre 2019.

[2] La capitalisation boursière est le résultat du produit de la valeur unitaire d’une action et du nombre d’actions en circulation.

[3] Comme le définit Wikipédia, « Dans l’industrie automobile, une plateforme est une structure de base d’un véhicule, composée d’un châssis et de certaines pièces non visibles. »

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