La transition forcée?

Avec des prix qui frôlent un plancher historique en raison de la chute vertigineuse de la demande mondiale, quel avenir l’industrie pétrolière peut-elle entrevoir dans les mois et les années à venir? La pandémie de COVID-19 sonnera-t-elle le début de la lente agonie de l’or noir, au profit des énergies renouvelables?

La réalité ne saurait être plus crue pour les pays producteurs de pétrole, dont les plus importants sont regroupés au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Comme en fait foi le graphique ci-bas, le prix du baril de pétrole n’a jamais été aussi bas depuis les semaines suivant les attentats terroristes du 11 septembre 2001, alors que ce même prix s’établissait autour de 20 dollars. Au cours des derniers jours, le baril s’échangeait à environ 25 dollars, et les experts ne prévoient pas de remontée soudaine dans les mois à venir. On est donc très loin des 150 dollars atteints quelques jours avant la débâcle de la crise financière de 2007-2008

 L’implacable loi de l’offre et de la demande

De multiples facteurs expliquent cette chute vertigineuse et catastrophique pour les producteurs et pour tous ceux qui œuvrent dans les secteurs économiques reliés à l’exploitation et à la distribution de l’or noir. D’une part, comme le fait savoir l’hebdo britannique The Economist dans un récent article[1] à ce sujet, « […] la demande de pétrole a chuté plus rapidement et plus bas qu’à tout autre moment de son histoire » (notre traduction). La grande fautive, bien entendu, c’est la pandémie de COVID-19 qui, en raison de ses effets délétères et parfois mortels, génère un sérieux coup de frein à l’économie mondiale. Les producteurs accumulent les barils de pétrole dans leur arrière-cour, sans pouvoir les vendre à celles et ceux qui sont généralement preneurs. De fait, ajoute The Economist, les bonzes de l’OPEP se sont entendus le mois dernier sur une production quotidienne de 10 millions de barils, un niveau minimal jamais atteint dans l’histoire de l’organisation. Ledit accord doit demeurer en vigueur jusqu’en avril 2022, laissant ainsi entrevoir des prix à la baisse pendant de long mois encore.

Le début de la fin?

Le consommateur final sera évidemment heureux de cette situation, à condition évidemment qu’il puisse rouler en cette période de confinement. Mais il pourrait bien être le seul à se réjouir de ce contexte exceptionnel, car le prix à la baisse du pétrole est également synonyme d’instabilité à bon nombre d’égards. The Economist mentionne au passage que des pays déjà fragiles comme l’Iran, le Venezuela, le Nigeria, l’Angola ou le Congo-Brazzaville, et dont l’économie repose grandement sur l’extraction de l’or noir, pourraient connaître davantage de perturbations de nature économique et politique. Par ailleurs, du fait de la grande incertitude qui prévaut à l’heure actuelle, une grande partie des investissements des pétrolières sont évidemment stoppés, laissant en plan des cohortes de travailleurs de tout acabit et leurs proches. Bref, d’importants impacts politiques, sociaux et économiques sont à prévoir à l’échelle du globe dans les semaines et les mois à venir…

Toute menace est une opportunité!

Si certains rêvent déjà d’une relance du pétrole, d’autres font valoir que la pandémie de COVID-19 est peut-être un point d’inflexion qui pourrait accélérer la transition énergétique tant souhaitée. Les stocks pétroliers qui s’accumulent ne s’écouleront pas comme l’eau du bain une fois la lente reprise économique amorcée. Et qui sait si l’opinion publique, ayant constaté les avantages du confinement sur la qualité de l’environnement, notamment en milieu urbain, ne se mobilisera pas davantage en faveur des énergies vertes? Quoi qu’il en soit, les acteurs du secteur pétrolier doivent se saisir ce ralentissement forcé de leurs activités afin de réfléchir aux années et aux décennies futures…

En somme, et on nous le répète à satiété depuis les débuts de l’actuelle crise sanitaire, rien ne sera plus comme avant. Pour nous, simples citoyens et simples consommateurs, mais également et surtout pour les producteurs de pétrole, il faudra désormais entrevoir la réalité d’une autre manière. « […] les producteurs de pétrole devraient percevoir l’agitation à propos de la COVID-19 pour ce qu’elle est : non pas une aberration en soi, mais un signe de ce qui est à venir » (notre traduction), concluait The Economist dans l’article cité auparavant. Sages paroles qui indiquent que le temps est désormais à l’action (verte!) pour ces mêmes producteurs…

 

 

 

 

 

[1] The Economist, « The future of the oil industry ». 18 avril 2020.

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