La Corée du Sud, entre tradition et modernité

Coincée entre le géant chinois et son imprévisible voisin Kim Jong-un, la Corée du Sud n’en finit plus d’étonner, notamment sur le plan économique et culturel. Mais les défis qui attendent le pays du Matin calme ne sont pas à négliger…

Pour les Occidentaux que nous sommes, la Corée du Sud ne se résume souvent qu’à quelques éléments culturels ou économiques quelques peu clichés, comme la K-pop (relire à ce sujet notre article sur ce phénomène musical aujourd’hui planétaire) ou les chaebol, ces immenses groupes industriels dont Samsung, Hyundai et LG sont les dignes représentants. Ces deux phénomènes ont certes contribué, au cours des dernières années et des dernières décennies, à faire connaître le pays et à le placer au palmarès des nations les plus développées. Rappelons que la Corée du Sud était, au sortir de la guerre de Corée (1950-1953) qui a définitivement scindé la péninsule et son peuple en deux, l’un des pays les plus pauvres du globe[1].

L’émergence coréenne

Près de soixante-dix ans plus tard, et malgré les tensions politiques internes (la première élection présidentielle au suffrage universel direct n’a eu lieu qu’en 1987) et externes qui ont secoué le pays, la Corée du Sud impressionne. Le pays du Matin calme, son surnom affectueux, est aujourd’hui une puissance économique régionale d’envergure, et dont l’influence commence même à s’étendre au-delà de l’Asie. On en voudra pour preuve, sur le plan culturel notamment, l’éclatante victoire de Parasite, du réalisateur Bong Joon-ho, ce dernier et son équipe repartant de la dernière soirée des Oscars avec la statuette prisée du meilleur film et celle du meilleur film international[2]. Mais au-delà de ces exceptionnelles réalisations, le pays fait aujourd’hui face à des défis majeurs, notamment sur les plans économique et démographique.

Au-delà des chaebol

La croissance exceptionnelle de la Corée du Sud au cours de la seconde moitié du XXe siècle peut se résumer en deux mots : chaebol et exportations. Force est de constater que ces grands groupes industriels ont fait office de véritables dynamos pour le pays, assurant alors croissance économique et emplois. De fait, encore aujourd’hui, 40 % du PIB national est le fait de ces conglomérats. Mais depuis deux ou trois ans, comme le signale le magazine britannique The Economist dans un récent article[3], la « recette » sud-coréenne semble moins bien fonctionner : la concurrence chinoise dans les secteurs industriels traditionnels des chaebol (l’automobile, l’électronique et les semiconducteurs) est sans relâche, la mondialisation est en phase de décélération[4] et la croissance du PIB sud-coréen est loin d’être celle constatée au cours des dernières décennies (voir le graphique plus bas). Et, bien entendu, la pandémie de COVID-19, malgré l’intervention exemplaire des autorités gouvernementales pour contenir le virus, n’améliorera pas la situation. La solution à ces maux? Diversification! Le gouvernement sud-coréen est bien conscient qu’il faudra désormais éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier, celui des chaebol, et cherche à diversifier ses activités en faisant l’ardente promotion de l’entrepreneuriat, avec un certain succès doit-on préciser. Mais changer la structure industrielle d’une nation ne se fait pas en un jour…

Une société qui change

L’autre grand défi de la Corée du Sud est essentiellement celui des quelque 52 millions d’habitants du pays. La pyramide des âges de la Corée du Sud renvoie l’image d’une société vieillissante (l’âge médian se situe à un peu plus de 43 ans), un fait qui se traduit également par le vieillissement de la population active sud-coréenne. L’apport de la main-d’œuvre féminine serait, dans un tel contexte, le bienvenu, mais à l’instar de son voisin japonais, les Sud-Coréennes sont aussi aux prises avec d’importantes barrières culturelles et historiques qui les empêchent d’accéder pleinement au marché du travail et à une égalité de facto avec leurs compatriotes masculins[5]. À l’heure actuelle, indique The Economist, les Sud-Coréennes reçoivent en moyenne les deux tiers du salaire des Sud-Coréens, et la participation de ces dernières au marché du travail est de 20 % inférieure à celle des hommes. Beaucoup de travail à faire de ce côté…

Bien malin celui qui, à la lumière du tsunami que nous affrontons à l’heure actuelle, pourra donner le juste portait de la nouvelle Corée du Sud qui émerge peu à peu. Mais si l’Histoire peut être prise à témoin, le meilleur est sans doute à venir pour ce peuple résilient.

 

 

 

 

[1] Quant à la Corée du Nord, le pays demeure toujours l’un des plus frappés par la pauvreté sur le globe.

[2] Parasite s’était aussi illustré en remportant à l’unanimité la Palme d’or lors de l’édition 2019 du Festival de Cannes.

[3] The Economist, « Startups offer a different future for South Korea’s economy ». 8 avril 2020.

[4] Relire à ce sujet notre article « Prêt pour la démondialisation? », publié en janvier dernier.

[5] Relire à ce propos notre article « Le Japon à l’heure des femmes », publié en avril 2019.

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