Les trois niveaux de la stratégie

On parle toujours de « la stratégie ». Mais le fait d’évoquer celle-ci au singulier traduit-il bien la réalité? Le large concept qu’est la stratégie peut-il se décliner en plusieurs types de stratégies au sein de l’organisation?

La stratégie n’est pas un concept aisé à définir et à circonscrire pour le commun des mortels. Imaginez alors si on raffine le tout un peu plus et que l’on identifie, pour chacun des grands échelons hiérarchiques d’une entreprise ou d’une organisation, un type de stratégie particulier. Voilà qui complexifie encore davantage la situation. Pourquoi, dès lors, compliquer les choses lorsqu’on peut faire plus simplement? Parce que les entreprises et les organisations ne sont pas monolithiques et qu’à chaque niveau de l’organigramme, les réalités changent. Et ce simple fait demande à l’organisation et à ses gestionnaires de bien définir l’optique stratégique appropriée pour chacun de ces niveaux.

À cet égard, les penseurs en stratégie d’entreprise tendent à identifier trois types stratégiques bien précis.

La stratégie générale

La stratégie d’ensemble, souvent appelée corporate strategy en anglais, est le fait et la responsabilité de la haute direction de l’organisation. En effet, il est du ressort du président, des vice-présidents et des membres du comité de direction de définir, dans un premier temps, les lignes directrices de la stratégie de l’entreprise ou de l’organisation. Ces derniers, souvent en consultation avec les échelons inférieurs de la structure organisationnelle, préciseront l’intention stratégique (mission, vision, valeurs et objectifs), ils indiqueront l’horizon temporel de la stratégie à déployer, ils procèderont à l’allocation des ressources et ils prendront les décisions importantes à l’égard, par exemple, des investissements à faire ou de la cession d’actifs. Tous ces éléments ont un point en commun : ils exigent des dirigeants de garder un œil sur les aléas de l’environnement, tout comme sur l’état des forces vives de l’organisation. Car, comme j’ai souvent eu l’occasion de le dire à mes étudiants à HEC Montréal, la stratégie est une pièce de monnaie dont les deux faces (l’interne et l’externe) sont indissociables!

La stratégie d’activités

La stratégie d’activités (business strategy) a pour objectif principal de veiller à l’application de la stratégie générale, définie au paragraphe précédent, aux principales unités d’affaires de l’entreprise ou de l’organisation. Dans le cas des organisations à activité unique, comme le sont par exemple les petites et les moyennes entreprises (PME), ce type de stratégie s’avère souvent superflu. Mais dans le cas des organisations qui possèdent des domaines d’activité stratégique[1] bien distincts, la stratégie d’affaires s’avère alors essentielle. Le constructeur Tesla Powerwall: What you need to know - TechRepublicautomobile américain Tesla est une illustration parfaite de ce qui précède. Tesla fabrique bien évidemment des voitures électriques, mais il fabrique aussi des batteries à grande capacité pour une utilisation à domicile. Ainsi, ces deux produits ont des exigences bien distinctes, notamment en matière de fabrication, ils s’adressent à des marchés différents, ils possèdent des méthodes de vente et de marketing bien à eux, etc. Les gestionnaires intermédiaires, dont le rôle est crucial dans toute organisation[2], auront donc à cet égard la responsabilité de faire les bons choix à l’égard des éléments évoqués ci-haut, et de s’assurer que l’entreprise possède, ou pas, les ressources et les compétences qui lui permettront de prendre les devants sur la concurrence.

La stratégie opérationnelle

C’est au dernier échelon, celui des opérations, que la stratégie se vit et se gagne! Dans une certaine mesure, la stratégie générale et la stratégie d’activités demeurent des activités bien théoriques. Mais c’est sur le plancher des vaches que ces deux types stratégiques se concrétisent, car c’est à ce niveau qu’a lieu la rencontre entre l’organisation et son client. À ce titre, le gestionnaire opérationnel veillera à s’assurer que les employés possèdent, bien entendu, les ressources et les compétences pour bien effectuer leur travail et, surtout, qu’ils déploient ces dernières de manière efficace et efficiente, toujours en gardant en tête les deux niveaux stratégiques supérieurs.            

En somme, force est de constater que les trois niveaux stratégiques présentés, à savoir la stratégie générale, la stratégie d’activités et la stratégie opérationnelle, peuvent aussi s’inscrire dans le processus d’analyse stratégique identifié par Johnson et ses complices dans le volume Stratégique, le livre de référence employé dans mes classes à HEC Montréal. En jetant un œil au schéma ci-contre, le lecteur attentif constatera que chacun des types stratégiques identifiés peut se rattacher à l’une de ces étapes. La haute direction veille en effet sur le cap du navire et scrute l’horizon afin d’y détecter les écueils potentiels (diagnostic), le gestionnaire intermédiaire suggère des avenues potentielles conformes aux capacités (ressources et compétences) de l’organisation, tandis que le gestionnaire opérationnel s’affaire à l’implantation des choix retenus.

Le secret d’une stratégie réussie? Une cohérence la plus parfaite possible entre ces trois niveaux de la stratégie. Plus facile à dire qu’à faire!

 

 

 

 

 

[1] Johnson et al. (2017:11) définissent le domaine d’activité stratégique comme « […] une sous-partie de l’organisation à laquelle il est possible d’allouer ou de retirer des ressources de manière indépendante, et qui correspond à une combinaison spécifique de facteurs clés de succès. »

[2] Relire à ce sujet notre article « Le gestionnaire intermédiaire, maillon fort de la stratégie », publié en avril 2018.

4 thoughts on “Les trois niveaux de la stratégie

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    1. Merci à vous! Heureux que l’article ait pu vous aider à comprendre ces notions pas toujours évidentes à saisir! Continuez de nous lire! :0)

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