S’adapter, c’est la clé!

Tout comme le caméléon qui doit rapidement changer de livrée d’un environnement à l’autre s’il veut survivre, les entreprises et les organisations devront elles aussi s’adapter aux changements profonds et rapides engendrés, entre autres, par la pandémie de COVID-19. Mais par où commencer?

L’Histoire est ponctuée de ces quelques années charnières qui, avec le recul, ont littéralement changé le cours de l’Humanité : 1789 avec la Révolution française, et 1989 avec la chute du mur de Berlin sont deux excellentes illustrations de ce qui précède.  Bien que nous n’en soyons qu’à la moitié de celle-ci, 2020 sera, à n’en point douter, une année marquante que les historiens étudieront de près lors des années et des décennies à venir. Pourquoi? Bien entendu, il est difficile de passer sous silence la pandémie de COVID-19, qui est à l’origine de bon nombre de perturbations à l’échelle mondiale. Mais que dire aussi du séisme causé par le décès de George Floyd et des protestations qui s’en sont suivies en sol américain et un peu partout dans le monde?

Bref, le monde change à une vitesse folle, et le gestionnaire stratégique peut se sentir quelque peu désorienté devant tous ces bouleversements qui, qu’on le veuille ou non, viendront invariablement affecter les activités des entreprises et des organisations partout sur le globe, si ce n’est déjà le cas. À cet égard, la revue strategy+business et le cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC) proposent un canevas[1] qui rassemble de belle manière les cinq plus importants enjeux planétaires à surveiller, le modèle ADAPT, un acronyme pour l’asymétrie, la disruption, l’âge, la polarisation et la confiance (trust, en anglais).

Passons en revue ces cinq enjeux, et question d’en asseoir davantage la pertinence et l’importance, je vous propose pour chacun d’eux quelques données mises en graphique.

L’asymétrie. La chute du mur de Berlin, que nous évoquions plus haut, et l’effondrement du bloc soviétique, survenu au début de la décennie 1990, a marqué le triomphe de l’économie de marché. Comme on peut le constater à la lecture du tableau ci-contre, le niveau des inégalités à l’échelle mondiale, mesuré à l’aide du coefficient de Gini[2], tend à doucement s’estomper depuis trois décennies, sauf depuis les deux dernières années, alors que les inégalités se sont accrues de manière importante à l’échelle du globe. Et sur le plan national, la crise de la COVID-19 ne fera qu’exacerber davantage ces inégalités : « La disparité au sein des nations augmentera également à mesure que les petites entreprises feront faillite, que le chômage augmentera et que les personnes au bas de la pyramide de la richesse souffriront de façon disproportionnée, comme cela se produit habituellement pendant les récessions », indiquent les auteurs de l’article de strategy+business.

La disruption. Les deux forces disruptives les plus importantes à l’heure actuelle sont sans conteste l’importance de la technologie et les changements climatiques. D’une part, la pandémie de COVID-19 a forcé une importante frange de la population active mondiale à se Alternative NOAA on Twitter: "History of Global Surface ...rabattre sur le télétravail[3], et nombreux sont ceux qui y trouvent des avantages certains. Y aurait-il retour en arrière lorsque le coronavirus sera vaincu? C’est loin d’être sûr! D’autre part, le confinement a eu pour effet de réduire un tant soit peu la pression climatique sur le globe. Mais les données relatives aux moyennes mondiales de température récoltées par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) américaine ne laissent aucun doute : il fait de plus en plus chaud, et certains pays plus vulnérables comme le Bangladesh[4] pourraient souffrir lourdement du réchauffement climatique en cours.

L’âge. On ne pourrait trouver de profils démographiques plus dissemblables que ceux entre les pays développés, dont les populations sont de plus en plus vieillissantes, et les pays en voie de développement, où les jeunes de moins de 35 ans constituent souvent une majorité, comme en font foi les quelques exemples présentés ci-contre. Pour les premiers, le financement des systèmes de santé est déjà un défi colossal, et imposera une lourde charge sur les dépenses étatiques. Pour les seconds, l’accès au travail et à l’éducation sera un enjeu de taille, à l’heure où les taux de chômage atteignent des niveaux records.

La polarisation. L’Histoire peut en témoigner : les périodes de crise (guerre, récession, épidémies, etc.) sont davantage propices à la montée du populisme et du nationalisme, un fait dont nous sommes témoins avec l’accession au pouvoir de dirigeants comme Donald Trump aux États-Unis, Jair Bolsonaro au Brésil ou Boris Johnson au Royaume-Uni, pour ne nommer que ces trois sombres personnages. La principale victime de cette situation? La démocratie, qui est en lent recul depuis 2015, un fait concrétisé par l’évolution de l’Indice de la démocratie produit par The Economist – Intelligence Unit. Inquiétant, quand on songe au fait que la richesse d’une nation est directement corrélée au degré de liberté économique et politique accordée à ses citoyens…

La confiance. En ces temps troubles, les citoyennes et les citoyens sont méfiants à l’égard de leurs dirigeants, et sans doute avec raison. Selon les coups de sonde effectués par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) au sein de ses pays membres, seulement 46 % de la population fait confiance au gouvernement. Si ce pourcentage est demeuré relativement stable en une décennie, la perte de confiance est davantage accentuée dans les pays aux prises avec des difficultés économiques et sociales, comme la Grèce ou le Portugal, par exemple.

La table est mise! Stratèges d’entreprise, comment affronterez-vous les prochains mois et les prochaines années, à la lumière de ce qui précède? Car à défaut de s’adapter rapidement à cette nouvelle donne, votre entreprise ou votre organisation pourrait s’ajouter à la liste de celles qui n’ont pas survécu au cours des derniers mois…

 

 

 

 

[1] Lire l’article de Blair Sheppard, Daria Zarubina et Alexis Jenkins, « Adapting to a new world ». strategy+business, 13 mai 2020.

[2] « Le coefficient de Gini, ou indice de Gini, est une mesure statistique permettant de rendre compte de la répartition d’une variable (salaire, revenus, patrimoine) au sein d’une population. Autrement dit, il mesure le niveau d’inégalité de la répartition d’une variable dans la population. Ce coefficient est typiquement utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus dans un pays. […] Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite et 1, qui ne peut être atteint, signifierait une inégalité parfaite (une seule personne dispose de tous les revenus et toutes les autres n’ont aucun revenu). » (Source : Wikipédia)

[3] Relire notre article « La vidéoconférence, prochain eldorado? », publié en avril dernier.

[4] Nous avons évoqué la situation périlleuse de ce pays d’Asie dans notre article « Le Bangladesh, un pays à surveiller! », publié en décembre 2019.

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