Revivre le rêve du Concorde

Le superbe oiseau d’aluminium et de titane a réalisé son dernier vol en octobre 2003, après une carrière de près de trois décennies. Avec la mise au rencart du Concorde, l’industrie aéronautique laissait momentanément de côté l’ambition de voler au-delà du mur du son. Mais voilà que certaines entreprises se mettent à nouveau à rêver aux vitesses supersoniques…

Avec sa voilure dite « delta », ses turboréacteurs à postcombustion, son nez basculant et sa fulgurante vitesse de Mach 2 (près de 2 500 kilomètres/heure) lorsque poussé à fond, le Concorde représentait le summum de l’ingénierie aéronautique commerciale lors de son lancement, en janvier 1976. Toutefois, le tragique accident du vol Air France 4590, survenu en juillet 2000 au décollage de l’aéroport Charles-de-Gaulle (Paris), aura définitivement sonné le glas de l’appareil, exploité à la fois par Air France et British Airways. Depuis son abandon, plus rien aux altitudes (environ 17 000 mètres!) où l’on avait l’habitude de voir voler le Concorde

Les rêves sont parfois tenaces…

Difficile, toutefois, de renoncer à aller plus vite, plus haut, plus loin! Le rêve supersonique est en effet tenace et à ce jour, une poignée d’entreprises entendent bien concrétiser leurs projets respectifs d’ici la fin de la présente décennie. Mais les écueils sont nombreux, et d’importance.

Le défi est d’abord et avant tout économique, car force est de reconnaître que le projet Concorde fut un gouffre financier sans fond : « Le Concorde était censé occuper un créneau

situé quelque part entre la première génération de transport par avion à réaction et les gros porteurs massifs, alors que les passagers en classe économique et en première classe paieraient un supplément pour l’avantage d’un vol plus rapide […]. Mais les économies d’échelle ont rendu cela impossible. En termes simples, le Concorde utilisait autant de carburant pour traverser l’Atlantique qu’un 747, mais ne transportait que le quart du nombre de passagers. En outre, comme une machine militaire, le Concorde était fragile, nécessitant en moyenne dix-huit heures d’entretien au sol pour chaque heure dans les airs. À une époque où les compagnies aériennes devaient garder leurs avions dans les airs autant que possible pour faire de l’argent, le succès technologique de cette nature s’est rapidement transformé en anachronisme. [Le Concorde] était un symbole de statut, et non un outil d’affaires », soulignait le professeur Guillaume de Syon dans un article[1] publié lors de la retraite de l’aéronef. Et que dire des défis technologiques et environnementaux associés à ce type de vol, le Concorde ayant été à l’époque pointé du doigt pour le bruit qu’il générait, sa consommation de carburant et ses niveaux élevés de rejets dans l’atmosphère…

Dans les airs d’ici 2030?

Quoi qu’il en soit, elles sont plusieurs entreprises à relever à l’heure actuelle le triple défi de l’ingénierie, de l’économique et de l’environnemental afin de mettre au point l’avion supersonique du futur. Le projet le plus prometteur est sans doute celui de Boom Supersonic, une entreprise établie en banlieue de Denver (Colorado). Boom procèdera, en octobre prochain,

à l’essai de son prototype XB-1, prélude à son modèle commercial Overture, qui devrait en principe fendre les cieux en 2025 et transporter ses premiers passagers en 2027. Comme l’indique Paul Sillers dans son article[2] publié en début d’année sur le site Internet de CNN, Overture pourra emporter entre 55 à 75 passagers entre New York et Londres en seulement trois heures trente minutes, contre le double à l’heure actuelle, en volant à Mach 2,2 (près de 2 700 kilomètres/heure). Science-fiction, que tout cela? Sachez que sans même avoir fait voler quoi que ce soit, l’avionneur a déjà l’équivalent de six milliards USD d’inscrits à son carnet de commandes, Japan Airlines (20 appareils) et le groupe Virgin (10 appareils) s’étant déjà engagés à l’endroit de Boom. Jetez un œil à la promesse de Boom, dans la vidéo qui suit.

Si les visées de Boom Supersonic sont davantage orientées vers le segment commercial, d’autres projets tout aussi prometteurs tablent plutôt sur la production de jets d’affaires, certes plus petits mais surtout plus économiquement viables. À ce titre, les entreprises Spike Aerospace et Aerion Supersonic sont bien avancées dans leurs projets respectifs, à savoir le Spike S-512 (sortie en 2023) et l’Aerion AS2 (décollage en 2025). Et question de mesurer encore ici le sérieux de ces deux projets, des entreprises déjà bien établies dans l’aéronautique et dans le transport (Siemens dans le cas de Spike; Boeing, GE Aviation et Honeywell pour Aerion) prennent activement part à la conception de ces supersoniques.

Le milliardaire britannique Richard Branson, fondateur du groupe Virgin et maître d’œuvre de l’entreprise de vols suborbitaux Virgin Galactic (relire notre article à ce sujet), a récemment déclaré que « la prochaine grande chose dans ma vie, espérons-le, sera le retour des voyages supersoniques et les gens qui voyageront autour du monde en un rien de temps. Et, espérons-le aussi, d’une manière relativement respectueuse de l’environnement ». Les avionneurs évoqués dans l’article sont confiants d’avoir relevé les défis technologiques et environnementaux inhérents aux vols supersoniques. Reste à voir si les passagers se presseront à la porte d’embarquement…

 

 

 

 

[1] Notre traduction. Guillaume de Syon. (2003). Consuming Concorde. Technology and Culture, 44(3), 650-654.

[2] Paul Sillers, « How soon will supersonic jets return to our skies? ». CNN, 5 février 2020.

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