Qui a peur des BATX?

Les États-Unis ont les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), mais la Chine n’est pas en reste, loin de là! Les membres du BATX, s’ils n’ont pas encore le poids de leurs rivaux américains, inquiètent grandement Washington…

Autres temps, autres joueurs…

Chaque révolution technologique voit son lot d’entreprises gagnantes émerger, tandis que d’autres, moins en phase avec les changements qui ont cours, prennent le chemin du cimetière du capitalisme. Rien ne saurait mieux illustrer ce constat que la montée en puissance et l’importance actuelle des membres du GAFAM, véritables fers de lance de la révolution numérique. Difficile en effet pour nous, Occidentaux, d’envisager aujourd’hui nos activités personnelles et professionnelles sans l’existence et les précieux outils de ces cinq mastodontes technologiques et financiers.

Mais à l’Orient, les prochains titans technologiques grandissent à vue d’œil. Elles sont quatre entreprises venues de Chine, soit Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, et leur croissance est tout aussi impressionnante, et voire même plus rapide, que celle de leurs rivales états-uniennes.

Les pays émergents, prochain objectif

À ce jour, force est de constater que ces géants technologiques sont demeurés relativement confinés dans leurs marchés domestiques respectifs. Certes, Apple est bien présente en Chine, et l’Empire du Milieu constitue une part appréciable des revenus et des profits de la marque à la pomme[1]. Pour leur part, Google a quitté la Chine en 2010, Facebook est toujours interdite de séjour là-bas et Amazon peine à garder la tête hors de l’eau contre Alibaba, largement en tête dans le commerce électronique dans son marché national. Quant aux entreprises chinoises, le jour est encore loin où celles-ci pourront librement faire affaire aux États-Unis, étant à l’heure actuelle au cœur d’une intense guerre commerciale entre les deux empires.

À défaut de pouvoir attaquer le marché de leurs concurrents, les GAFAM et les BATX se tournent désormais vers les pays émergents qui seront, à n’en point douter, les prochains champs de bataille de cette guerre technologico-financière. Comme le signalait l’hebdo britannique The Economist, chaque groupe déploie sa stratégie propre, avec l’espoir d’évincer l’autre des marchés visés que sont, par exemple, l’Inde, l’Indonésie ou le Brésil : « Les entreprises américaines installent généralement des avant-postes à partir de zéro. Elles financent des filiales qui offrent aux [habitants des pays émergents] à peu près le même service que leurs utilisateurs domestiques. »[2] Les entreprises chinoises, quant à elles, travaillent davantage à partir du tissu socioéconomique déjà en place dans les marchés visés : « […] les géants chinois adoptent une approche différente, achetant des parts dans des entreprises locales et les tissant ensemble dans des tapisseries complexes de services. L’écosystème de Tencent et Alibaba, avec plus de 1 000 participations dans des entreprises étrangères, comprend des dizaines de sociétés émergentes. Avec Ant [le bras financier d’Alibaba], ils ont soutenu 43% de toutes les licornes asiatiques, des startups valant plus d’un milliard de dollars. »[3]

Profitabilité… et information!

À la clé de l’expansion actuelle et future de ces entreprises technos, toutes nationalités confondues : des milliards à venir! Déjà, les revenus combinés de ces dernières surpassent le trillion de dollars (1 000 milliards!), tandis que la capitalisation boursière totale de ces entités atteint la somme faramineuse de 8,4 trillions USD. Suffisant? Jamais! Rappelons que la moitié de l’Humanité vit toujours hors du web : voilà le marché de demain! Mais au-delà de ces considérations financières, c’est surtout l’information qui fait office de poule aux œufs d’or, un fait que rappelle l’expert Nicolas Mazzucchi, dans une entrevue accordée à France Culture : « les entreprises qui seront les grands gestionnaires de données (qui seront stockées, traitées, protégées, mises à disposition) seront demain les leaders mondiaux non pas simplement des services numériques, mais en réalité de l’ensemble de l’économie, car l’ensemble de l’économie tournera grâce aux données. […] L’enjeu est très simple : être capable demain de proposer les services les plus adaptés aux gens, les plus personnalisés, être capable d’avoir les données qui vont permettre l’entraînement des intelligences artificielles, être capable de monétiser un certain nombre de services. »[4]

La prochaine guerre commerciale mondiale est déjà engagée. Et si la disproportion théorique des forces en présence semble aujourd’hui faire pencher la balance en faveur de l’Oncle Sam, ce n’est qu’une question de temps avant que l’Empire du Milieu ne se batte à armes égales avec les États-Unis… Une histoire à suivre de très près, étant donné l’importance des enjeux économiques, technologiques et politiques au cœur de cet affrontement!

 

 

 

 

 

[1] Relire à ce sujet notre article « La dépendance chinoise d’Apple », paru en février dernier.

[2] Notre traduction. The Economist, « Chinese and US tech giants go at it in emerging markets ». 7 juillet 2018.

[3] Notre traduction. The Economist, « America’s tech giants vie with China’s in third countries ». 5 juillet 2018.

[4] Cité dans l’article de Laura Dulieu, « L’expansion des BATX, les GAFAM chinois ». France Culture, 16 septembre 2019.

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