Honda et GM : chronique d’un mariage annoncé

En cette catastrophique année 2020, les entreprises du secteur de l’automobile en sont à la peine. Raison de plus pour s’unir afin de faire face à l’adversité…

La nouvelle est tombée la semaine dernière : les deux géants de l’automobile que sont Honda et General Motors (GM) vont unir leurs destinées sur le marché nord-américain. Un communiqué annonçait en effet la signature d’un protocole d’entente entre les deux entités, officialisant de fait des fréquentations amorcées en juillet 2013. À cette époque pas si lointaine, Honda et GM avaient en effet décidé de s’épauler afin de travailler au développement de la technologie des piles à hydrogène. Puis en 2018, Honda, investissait sur-le-champ 750 millions USD (en plus des deux milliards USD avancés par le constructeur japonais d’ici 2030) dans l’entreprise californienne Cruise, acquise par GM en mars 2016. Cruise consacre ses énergies à la conception de véhicules entièrement autonomes et l’entreprise, soutenue par ses deux bailleurs de fonds, a déjà lancé le prototype Origin, une navette collective autonome.

L’union fait la force!

Les alliances dans le domaine de l’automobile ne sont pas rares. De nombreux constructeurs ont déjà tenté le coup, avec des résultats parfois mitigés : la fusion de Chrysler à Daimler-Benz en 1998 fut un échec lamentable, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a été fragilisée depuis la saga de son ex-président Carlos Ghosn, pour ne citer que ces deux exemples. Qu’à cela ne tienne, le contexte économique actuel et les enjeux sociodémographiques et environnementaux inhérents aux temps turbulents que nous vivons poussent les constructeurs automobiles à collaborer davantage. Pourquoi? Dans le cas de l’alliance Honda-GM, le journaliste Matthew DeBord mentionne, dans son article[1] publié sur le site Internet du magazine Business Insider, ces quelques raisons.

Les parts de marché. Honda et GM sont bien implantées tant aux États-Unis qu’au Canada. Mais force est de constater que le marché nord-américain est relativement cristallisé, les parts de marché de chaque constructeur n’ayant pas beaucoup évolué au cours des dernières années. Les quelque 20 % de parts du marché détenues par GM et les 15 % de Honda pourront-elles progresser au-delà de ces pourcentages respectifs grâce aux synergies entrevues? Les dirigeants des deux géants le souhaitent, mais rien n’est moins sûr…

La complémentarité. La force de GM se situe davantage dans le segment des véhicules utilitaires sport (SUV, en anglais) et des camionnettes (pick-ups), tandis que Honda se démarque au chapitre des berlines, des coupés et des multisegments (crossovers). De prime abord, un affrontement entre les deux partenaires en sol nord-américain n’est pas à prévoir.

Les coûts. « Notre équipe a accepté le défi de transformer le développement de produits chez GM et de positionner notre entreprise vers un avenir entièrement électrique », déclarait au printemps dernier Mary Barra, présidente-directrice générale de GM, lors de la présentation de la nouvelle plateforme[2] pour ses véhicules électriques, mue par la batterie Ultium. La direction est donnée! Mais avant d’en arriver à convaincre les consommateurs d’acheter massivement des véhicules électriques[3], des centaines de millions de dollars, voire même des milliards de dollars, devront être investis par les manufacturiers. L’entente conclue devrait théoriquement générer des économies d’échelle substantielles tout en permettant aux deux protagonistes de se positionner avantageusement dans le futur électrique, comme l’indiquait le communiqué de presse relatif à cette collaboration : « Une alliance en Amérique du Nord entre Honda et GM tirerait parti des meilleures technologies et générerait des économies substantielles à partir de plateformes de véhicules et de systèmes de propulsion partagés, d’achats conjoints, d’efficiences de fabrication potentielles et d’autres efforts de collaboration. Cela permettrait à GM et à Honda d’investir davantage dans des technologies de pointe et de prochaine génération » (traduction libre).

Malmenés par la désastreuse conjoncture économique actuelle et les immenses défis de l’électrification des transports, les grands constructeurs n’ont pas vraiment le choix de combiner leurs ressources et leurs compétences pour survivre et prospérer. De fait, l’alliance annoncée par Honda et GM a été précédée en mai dernier par une annonce[4] similaire entre Volkswagen et Ford. Ces collaborations dans l’automobile ne sont pas les premières, et ne seront certes pas les dernières pour ce domaine d’affaires en pleine redéfinition…

 

 

 

 

[1] Matthew DeBord, « GM and Honda join forces as the post-coronavirus consolidation of the auto industry begins ». Business Insider, 4 septembre 2020.

[2] « Dans l’industrie automobile, une plateforme est une structure de base d’un véhicule, composée d’un châssis et de certaines pièces non visibles. » Source : Wikipédia.

[3] Malgré une forte hausse des ventes de véhicules électriques l’an dernier, « [l]es voitures électriques […] représentaient 2,6 % des ventes mondiales de voitures et environ 1 % du parc automobile mondial en 2019 » (traduction libre). Source : International Energy Agency, Global EV Outlook 2020.

[4] Lire à ce sujet l’article de Christoph Rauwald et Keith Naughton, « VW, Ford Forge Ahead With Technology Sharing to Save Costs ». Bloomberg, 14 mai 2020.

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