Salles de cinéma : le château de cartes s’effondre!

La pandémie de COVID-19 a-t-elle sonné le glas du cinéma en salle? Sans aller jusqu’à prédire la disparition de ce médium tant apprécié, il est évident que la montée en force du streaming va faire très mal aux propriétaires de salles de cinéma dans les mois et les années à venir…

Nous en avions parlé dans notre article « La raison du plus fort », publié en août dernier : la décision de Universal Studios, l’un des cinq majors du cinéma américain[1], de passer outre la traditionnelle fenêtre d’exclusivité de 70 jours pour la diffusion des nouveaux films en salle et de présenter ces derniers directement en vidéo à la demande ou en vidéo en continu (streaming) a entrouvert une brèche à l’intérieur de laquelle les autres studios sont en voie de s’engouffrer.

La dernière attaque à l’égard des salles de cinéma? Elle provient cette fois-ci de Warner Bros. qui annonçait tout récemment, comme le relatent Rebecca Rubin et Matt Donnelly dans leur article[2] publié dans le magazine Variety, la sortie de l’ensemble de leurs nouveautés prévues en 2021 simultanément sur la plateforme de streaming HBO Max et en salle. Il est ici question de dix-sept productions, dont certaines très attendues comme Dune, du cinéaste québécois Denis Villeneuve, The Matrix 4 ou Wonder Woman 1984.

Temporaire, mais tendant vers le permanent…

La stratégie de lancement de ses nouvelles productions déployée par Warner Bros. est une réponse directe et immédiate à la catastrophe sanitaire qui frappe actuellement les États-Unis. Dans son communiqué publié à ce sujet, le studio invoque la désertion forcée des salles de cinéma pour expliquer sa décision controversée : « Nous vivons une période sans précédent qui exige des solutions créatives, y compris cette nouvelle initiative du Warner Bros. Pictures Group. Personne plus que nous ne veut que les films reviennent sur le grand écran. Nous savons que les nouveaux films sont une composante essentielle des salles de cinéma, mais nous devons équilibrer cela avec le fait que la plupart des salles aux États-Unis fonctionneront probablement à capacité réduite tout au long de 2021 », affirmait l’une des dirigeantes de Warner Bros. Certes, le studio a mis un peu d’eau dans son vin : les dix-sept nouveautés seront retirées de HBO Max après un mois de diffusion, pour mieux revenir en streaming au terme de l’historique blackout de 70 jours. De plus, cette politique de diffusion ne s’applique qu’au seul territoire américain.

Disney avait aussi tenté une variante avec la sortie, en septembre dernier, de son nouveau Mulan : le film fut directement placé sur Disney+ et rendu accessible aux abonnés de la plateforme moyennant 30 USD. Il est maintenant gratuit pour ces mêmes abonnés, et ce depuis le 4 décembre dernier. On discutait d’ailleurs de ce procédé, dans la vidéo « Mulan va-t-elle tuer le cinéma en salle? » qui suit, puisée à notre chaîne YouTube.

Une stratégie forcée?

Certains, dont les réalisateurs Christopher Nolan (la trilogie Batman, Inception, Interstellar) et Denis Villeneuve (Incendies, Arrival, Blade Runner 2049), ont indiqué leur profond désaccord à l’égard de la décision du major. « La décision de Warner Bros. veut dire que Dune n’aura pas la chance de performer d’une façon qui lui permettrait d’être viable financièrement et prêtera aussi flanc au piratage. Warner Bros. vient peut-être juste de tuer la franchise Dune », déclarait dernièrement Denis Villeneuve, l’un des principaux intéressés par cette décision[3]. Peut-on vraiment jeter le blâme sur Warner Bros.? Le studio avait quand même décidé de lancer en salle Tenet, le tout dernier opus de Christopher Nolan, en septembre dernier. Le résultat? Très peu de billets vendus chez l’Oncle Sam, et un film au budget élevé (environ 200 millions USD) qui n’a rapporté que 350 millions à l’échelle planétaire, un quasi-flop budgétaire au sein d’une industrie où l’on est habitué à récupérer trois, quatre et parfois cinq fois sa mise…

Les salles de cinéma ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Mais je prédis que l’après-COVID se traduira à terme par d’importantes pertes de parts de marché pour les proprios de salles de cinéma. Qu’en pensez-vous?

 

 

 

 

[1] Le Big Five du cinéma américain comprend, outre Universal Studios, Walt Disney Pictures, Warner Bros., Sony Pictures et Paramount Pictures.

[2] Rebecca Rubin et Matt Donnelly, « Warner Bros. to Debut Entire 2021 Film Slate, Including ‘Dune’ and ‘Matrix 4,’ Both on HBO Max and In Theaters ». Variety, 3 décembre 2020.

[3] Lire à ce sujet l’article de Marc-André Lussier, « Denis Villeneuve en profond désaccord avec Warner Bros. ». La Presse, 10 décembre 2020.

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