Spotify : à quand la rentabilité?

Même si le service de diffusion en continu Spotify se targue d’être le meneur mondial de l’industrie du streaming en termes d’abonnés, la plateforme cumule déficit sur déficit depuis sa création, en 2006. Quel est le problème? La profitabilité sera-t-elle éventuellement au rendez-vous pour Spotify?

L’entreprise suédoise n’a plus besoin de présentation, tant les mélomanes sont nombreux à utiliser ses services. De fait, au terme de l’année 2019, 271 millions de personnes, réparties dans 79 pays, utilisaient les services de Spotify. L’entreprise a par ailleurs fracassé la barre des 300 millions d’abonnés cette année, avec 320 millions de fans comptabilisés au 1er octobre de la présente année. Mais cet évident succès populaire cache une réalité beaucoup plus sombre : l’entreprise n’a jamais présenté un bilan annuel positif en 14 années d’existence! De fait, la dette cumulée de l’entreprise s’élève aujourd’hui à environ 700 millions USD. Pourquoi Spotify ne parvient-elle pas à sortir du rouge?

Les revenus

Une partie de la réponse à cette interrogation cruciale est à trouver dans le modèle de génération de revenus adopté par Spotify. Pour l’essentiel, la plateforme offre deux types d’accès à son catalogue de quelque 60 millions de titres et de près de deux millions de baladodiffusions (podcasts), l’un gratuit et l’autre payant. Le service gratuit (ad-supported service, dans le lexique de l’entreprise) tire ses revenus, comme son vocable anglais le laisse entendre, des publicités qui y sont diffusées. D’autre part, il en coûtera mensuellement 9,99 USD à toute personne voulant s’abonner au service premium de Spotify, ce qui inclut entre autres la possibilité de télécharger les fichiers musicaux et l’absence de publicités. À ce titre, et dans la logique des stratèges de Spotify, le service gratuit constitue l’hameçon qui doit progressivement amener les utilisateurs à migrer vers le service premium, ce dernier générant 90 % des revenus de l’entreprise. Néanmoins, les tableaux qui suivent montrent que les choses ne vont pas dans la bonne direction. Certes, tant le nombre total d’abonnés que les revenus sont en hausse, ce dont peuvent se réjouir les administrateurs de Spotify. Mais alors que la croissance du nombre de membres du service gratuit est plutôt solide, la croissance du nombre de membres premium chute. En somme, l’entreprise connaît de plus en plus de difficultés à convertir ses utilisateurs vers le service payant. D’autre part, les revenus de Spotify continuent de croître, mais à un rythme moins important qu’au cours des années précédentes, un constat en partie dû à la féroce concurrence des services rivaux comme Apple Music, Amazon Prime Music ou YouTube Music, propriété de Google.

Les coûts

Spotify CEO Daniel Ek: Once the Music Industry's Slayer, Now Its Savior - WSJEn entrevue, le cofondateur de Spotify, Daniel Ek, a récemment jeté une douche d’eau froide sur les investisseurs qui souhaitent que l’entreprise parvienne enfin à un certain équilibre budgétaire. « Nous sommes à l’étape de la croissance, et nous essayons de capturer cette croissance. Nous finirons par atteindre un point de maturité où nous nous concentrerons davantage sur le profit plutôt que sur la croissance. Mais pour les prochaines années, ce sera surtout la croissance pour nous », a précisé le multimilliardaire de 37 ans[1]. Le ton est donné!

Quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que les coûts d’exploitation et les investissements effectués par Spotify continuent de creuser le trou budgétaire de l’entreprise. Comme le rapporte David Trainer dans son article[2] publié sur le site Internet de la revue Forbes, les redevances versées par Spotify aux artistes ont cru de 30 %, alors que ses revenus totaux peinent à suivre, avec une croissance de 28,5 %. D’autre part, la croissance évoquée par Daniel Ek passe surtout par l’acquisition de baladodiffusions déjà solidement établis ou prometteurs (The Joe Rogan Experience, The Ringer, The Michelle Obama Podcast). C’est ainsi près de 700 millions USD qui ont été consacrés à l’acquisition de ces podcasts, et bien d’autres. Ceci explique cela…

Avec des parts de marchés mondiales qui s’effritent au bénéfice de ses concurrents (de 36 % à 32 % en un an seulement!), des difficultés à faire progresser ses abonnés vers son service payant et des acquisitions onéreuses, il est encore loin le jour où Spotify pourra verser un dividende à ses actionnaires… Spotify survivra-t-elle à cette spirale déficitaire? Votre réponse vaut la mienne!

 

 

 

 

 

[1] Traduction libre, cité dans l’article de Tim Ingham, « Loss-Making Spotify Will Continue to Put Growth Ahead of Profit for “next few years” ». Music Business Worldwide, 6 mai 2020.

[2] David Trainer, « It Sounds Like Spotify Is In Trouble ». Forbes, 13 octobre 2020.

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