Confrontations à l’échelle nanométrique

Difficile de concevoir la vie d’aujourd’hui sans la présence de cette composante technologique vitale qu’est le microprocesseur. Bien caché au cœur de nos indispensables appareils électroniques, ce même microprocesseur fait aujourd’hui l’objet de bien des convoitises quant à sa fabrication.

En forte croissance!

Ils sont partout, et ils le seront bien davantage dans les années à venir! Pour les trois principaux fabricants[1] de microprocesseurs, à savoir Intel, Nvidia et la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), les années de vaches grasses sont en vue! De fait, l’avènement de l’Internet des objets (IoT, ou Internet of things, en anglais), l’une des composantes essentielles de la révolution numérique[2], devrait décupler la demande pour les puces dans les quelques années à venir. Dans un article[3] publié à ce sujet dans son édition du 23 janvier dernier, l’hebdo britannique The Economist signale qu’à l’heure actuelle, la production annuelle mondiale de microprocesseurs est évaluée à environ un trillion (ou 1 000 milliards, si vous préférez) d’unités et génère des ventes annuelles estimées à 450 milliards USD. Qui plus est, la capitalisation boursière des joueurs du domaine d’affaires a été multipliée par cinq depuis 2015, surpassant la barre des quatre trillions USD. En insérant progressivement des microprocesseurs dans bon nombre d’objets de notre quotidien – c’est la vision de l’Internet des objets –, on comprend aisément que ces statistiques iront rapidement en croissant d’ici la fin de l’actuelle décennie.

Innovation et géopolitique

Mais tout n’est pas au beau fixe dans cette industrie résolument stratégique, à la fois pour les entreprises qui y œuvrent, mais tout autant pour les États qui les soutiennent.

D’une part, l’incessante course au progrès dans ce secteur à la très fine pointe de la technologie[4] force les protagonistes à investir massivement dans la recherche et le développement afin de suivre les exigences du marché et le rythme du progrès scientifique. Mais à l’heure actuelle, comme l’indique The Economist, les avancées en matière de microprocesseurs se heurtent non pas aux limites de la science, mais surtout aux limites financières des entreprises concernées. Moore's Law 2017: an uphill battle | E&T MagazineLa loi de Moore, qui prédit grossièrement le doublement de la puissance de calcul des microprocesseurs tous les 18 mois (voir le graphique ci-contre), tend désormais à suivre une trajectoire non plus linéaire mais exponentielle : il en coûtera de plus en plus cher pour générer un surplus de performance qui sera, pour sa part, marginal. D’ici là, Intel, Nvidia, TSMC et les autres entreprises du domaine continueront quand même d’investir dans leurs capacités d’innovation et de production à coup de milliards.

D’autre part, une joute géopolitique se joue également à l’heure actuelle entre l’Occident (entendre ici surtout les États-Unis) et l’Orient quant à la mainmise sur la fabrication des puces. Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, tensions qui se sont accrues lors de la présidence Trump, ont fait en sorte d’accélérer la volonté d’autosuffisance de l’Empire du Milieu quant à la fabrication de cette composante essentielle à tout objet électronique. Déjà, comme le mentionne The Economist dans un second article[5] portant sur ce domaine d’affaires, environ 80 % de la capacité mondiale de production de microprocesseurs se situe à l’heure actuelle en Asie. Et voilà qu’on apprenait tout récemment qu’Intel envisage d’impartir la production d’une partie de ses puces à TMSC, histoire de se concentrer sur l’activité à valeur ajoutée qu’est le design des microprocesseurs[6]. En somme, indique The Economist, le silicone est peut-être en voie de remplacer le pétrole comme enjeu économique et géopolitique d’envergure mondiale : « Au XXe siècle, le plus grand goulot d’étranglement économique au monde résultait de l’expédition du pétrole par le détroit d’Hormuz. Bientôt, ce même goulot sera causé par le silicium employé dans les microprocesseurs, dans quelques parcs technologiques en Corée du Sud et à Taïwan » (traduction libre).

Le microprocesseur, si petit, mais si important à bien des égards!

 

 

 

 

 

[1] La fabrication des microprocesseurs est à distinguer du design des microprocesseurs, une activité complètement différente, mais dans laquelle œuvrent certaines des entreprises mentionnées dans cet article.

[2] Relire à ce sujet notre série d’articles intitulée « La révolution numérique : le grand bouleversement », et tout particulièrement l’article « L’Internet des objets : connectés partout, en tout temps! ».

[3] The Economist, « The struggle over chips enters a new phase ». 23 janvier 2021.

[4] À ce propos, relisez notre article « L’effet Reine de cœur, ou la course sans fin à l’innovation », publié en 2019.

[5] The Economist, « Chipmaking is being redesigned. Effects will be far-reaching ». 23 janvier 2021.

[6] Cheng Ting-Fang et Laury Li, « Intel under pressure to ramp up outsourcing to Asian chipmakers », Nikkei Asia, 20 janvier 2021.

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