Le stratège est un pilote

Les comparaisons avec le stratège en organisation sont nombreuses. J’en ajoute une : la posture et les fonctions d’un stratège, qu’il soit consultant externe ou interne, peuvent aisément se comparer à celle d’un pilote maritime. Je m’explique dans ce qui suit!

Étant tout jeune homme, au cours de la décennie 1990, j’ai eu l’occasion de travailler quelques mois à l’Administration de pilotage des Laurentides (APL), la société d’État fédérale en charge de l’administration des services de pilotage sur le fleuve Saint-Laurent. Ce séjour impromptu au sein de la fonction publique canadienne m’a permis de prendre la pleine mesure du métier de pilote maritime, une profession exigeante, tant sur le plan de la formation que sur celui de l’exécution. Devenir pilote de navire exige en effet de longues études théoriques et pratiques, le majestueux Saint-Laurent ayant la réputation d’être l’une des voies fluviales les plus difficiles à négocier. La vidéo qui suit vous donnera un bon aperçu de l’APL et des tâches d’un pilote maritime.

Gerry Johnson et ses complices, dans l’ouvrage Stratégique[1] que j’utilise à profusion dans le cadre de mes activités professorales, identifient quatre rôles généralement endossés par un consultant stratégique. Ces rôles nous permettent de tracer un intéressant parallèle avec le métier de pilote maritime.

  • Analyser, définir des options et fixer des priorités. Lorsque qu’un capitaine de navire entre, en aval, dans l’estuaire du Saint-Laurent ou, à l’inverse, lorsqu’il quitte, en amont, la voie maritime du Saint-Laurent à la hauteur de Montréal, ce dernier a l’obligation légale de recourir à un pilote maritime. Le pilote est donc informé quelques heures à l’avance de son affectation, qui comprendra notamment le nom du navire, son tonnage, son tirant d’eau, sa destination et sa cargaison, entre autres données essentielles de navigation. Le pilote prendra aussi grand soin d’avoir en main les dernières informations météorologiques (température, vents, etc.) et hydrographiques (niveau d’eau, débit, marées, présence de glace, etc.) nécessaires pour mener à bien sa mission. Ainsi armé de ces connaissances et fort de son bagage théorique et pratique, le pilote sera en mesure d’identifier, avant même d’être monté à bord, une série d’éventualités quant à l’itinéraire et quant à la cadence à adopter.
  • Promouvoir des décisions stratégiques. Le degré de connaissance de cette importante voie fluviale, le Saint-Laurent donnant accès au cœur du continent nord-américain, est fort variable d’un capitaine de navire à l’autre. Certains capitaines, nés ici ou ayant transité à des dizaines de reprises sur le fleuve, peuvent être assez familiers avec ces eaux, tandis que d’autres, venus d’ailleurs, devront largement s’en remettre aux avis et aux suggestions du pilote. Celui-ci doit donc être constamment à l’affût et avoir en tête un plan A, B et C qu’il peut soumettre à l’examen du commandant.

  • Déployer le changement stratégique. À l’égard de précède, il est important de signaler que le capitaine demeure toujours le seul et unique responsable de son navire. La tâche du pilote consiste à conseiller le capitaine quant à la conduite de son mastodonte flottant sur une section déterminée du plan d’eau. Mais c’est toujours ce dernier qui approuvera, tacitement ou explicitement, les ordres transmis au timonier. Il en va de même pour le capitaine d’industrie qui fait appel à un consultant stratégique. Celui-ci établira pour son Pilot Ladders: First sign of vessel's safety standards ? - MySeaTimeclient le champ des possibles, mais l’ultime décision reviendra au grand patron, qui est en responsable du début à la fin.
  • Transférer les connaissances. La Loi sur le pilotage au Canada exigeant la présence d’un pilote à bord d’un navire affichant au-delà d’un certain tonnage, l’occasion est toujours présente pour les pilotes d’échanger à propos des tenants et aboutissants de la navigation sur le Saint-Laurent. Ces échanges sont précieux pour toutes les personnes impliquées, dans la mesure ou certains pilotes peuvent éventuellement devenir capitaines, et vice versa.

Même s’il existe des similarités évidentes entre le métier de consultant stratégique et de pilote maritimes, je préfère de loin laisser la gouverne d’un porte-conteneur de quelques milliers de tonneaux aux vrais experts! 😉

 

 

 

 

 

[1] Johnson, G., Whittington, R., Scholes, K., Angwin, D., Regnér, P., & Fréry, F. (2017). Stratégique (11e édition). Paris : Pearson France, pp. 604-605

2 thoughts on “Le stratège est un pilote

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  1. Merci François pour cette belle analyse sur le rôle d’un consultant en stratégie.
    J’ajouterai que l’expérience pratique et d’immersion continue dans le secteur de prédilection du pliote autant que du consultant en stratégie renforce son expertise.

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